mardi 23 août 2016

C'est déjà demain

Aujourd'hui, un media relate la verbalisation d'une femme sur une plage publique par la police, parce que portant un hijab et un pantalon, sa tenue n'était pas conforme "à la laïcité et aux bonnes moeurs", selon l'arrêté pris par le maire, et selon l'appréciation des policiers qui l'ont invitée à quitter la plage ou à changer de tenue (c'est à dire à moins se couvrir) et l'ont finalement verbalisée.

J'ai le regret de dire que je ne suis pas étonnée.

Je suis aussi soulagée de voir que des personnes qui pensaient qu'on n'en était pas encore là réalisent que si, on en est là.

Je suis aussi inquiète d'entendre ces mêmes personnes se demander "si on en est là, quid de demain?", parce que ça veut dire qu'elles ont vraiment été aveugles toutes ces années, ou que jusque là, le racisme et l'islamophobie étaient acceptables dans leurs manifestations diverses.

Demain, on y est depuis des années déjà.

On y est depuis qu'on invente des lois d'exception pour enfoncer une partie de la population.

On est demain depuis que les gens dans le métro me regardent chelou quand je ne parle pas français au téléphone. 

On y est depuis que des structures et organisations publiques ou privées pondent des arrêtés ou des règlements en contradiction avec la loi, et regardent si l’État conteste ces arrêtés et ces pratiques. Et comme l’État ne les conteste pas, voire les reçoit positivement , les arrêtés et règlements deviennent valides, et deviennent eux-mêmes légitimes à voir leurs principes inscrits dans la loi.

On est demain depuis longtemps.

Ce demain où l'on considère que la loi ne doit pas s'appliquer de la même manière pour tout-e-s, et où une partie de la population identifie l'autre comme une menace (français vs étrangers ou assimilés, étrangers en situation régulières vs sans papiers, athées vs religieux, pas pauvres vs pauvres, vieux vs jeunes etc) grâce à une habile construction politique et médiatique, et qu'elle est prête à justifier les injustices tant qu'elle n'en est pas la cible.

On est demain depuis que le soupçon, le fantasme et la rumeur ont pris le pas sur les faits et la loi, influant souvent sur cette dernière.

On est demain depuis qu'un même vêtement n'a pas la même signification selon qui le porte.

On est demain depuis qu'on préfère fantasmer ce que les gens pourraient faire de mal et les opprimer préventivement sur la base de cette préoccupation.

On y est depuis que les mouvements politiques et militants qui se veulent progressistes ont le progressisme sélectif.


On est demain depuis qu'une agression est plus ou moins acceptable selon qui est agressé.

On est demain depuis longtemps.

Ce n'est plus le moment d'imaginer les pires choses et de se rassurer en se disant qu'on n'y est pas encore, car on y est. On ne peut plus penser repousser le pire en se contentant d'espérer qu'il ne viendra pas.

Alors qu'est-ce qu'on fait?