lundi 20 juin 2016

Gynécall Of Duty

Tiens, ça fait longtemps que je t'ai pas parlé de mes pérégrinations gynécologiques.

Pour ceux qui suivent pas dans le fond, j'en parle de temps en temps juste histoire de vous raconter comment ça se passe en vrai, en complément des analyses chiffrées et des concepts sur la relation patient/médecin produits par des gens plus calés que moi.

Donc là j'ai 33 ans, deux gosses, un implant contraceptif dans le bras et du gras un peu partout.
C'est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup ET SURTOUT POUR L'INTERNE QUI M'A EXAMINEE.

Donc on y va.



On est vendredi matin, je suis un peu dans le coltar version escargot rapport à la sinusite qui squatte mon pif, j'ai mal au bide parce que les antibiotiques c'est pas ça, bref, c'est le pied.

Je suis patiente dans le centre de planification et d'éducation familiale près de chez moi, et je veux que tu saches, avant de commencer mon récit, que c'est la structure que j'ai choisie car c'est là que j'ai rencontré les professionnelles (oui y a que des meufs) de santé les plus attentionnées et pleines de tact de ma carrière de meuf/mère (tout ça pour t'expliquer que ce que je vais te raconter n'est pas pour cibler l'endroit, ni même la personne sur laquelle je vais dauber dans les prochaines lignes, mais bien un état d'esprit.)

Sauf que : l'interne.

L'interne, à qui on a livré avec le diplôme potentiel de toubib ès chatte l'arrogance de la blouse blanche.

La meuf a direct opposé ses six mois de pratique à mes 33 ans d'expertise de mon utérus.

Tout d'abord, elle ne se présente pas.
Puis elle n'a pas lu ma fiche. Du coup elle ne sait pas pourquoi je viens.
Donc je lui explique que je suis en retard de six mois pour la visite de contrôle de mon implant, mais que bon j'ai préféré venir quand même, même si je dois revenir dans six mois pour me le faire remplacer.

Et là, elle m’arrête tout de suite en me disant "je vous arrête tout de suite", et m'oppose qu'un implant ça s'enlève au bout de 3 ans et que donc elle ne comprend pas pourquoi je pense qu'on va me l'enlever au bout de deux. Je t'avoue, j'ai commencé à me dire que j'allais certainement arriver à la fin de la consultation en ayant introduit un truc trop gros dans ses trous de nez, style une agrapheuse, mais j'ai préféré la jouer pédagogue, sentant qu'il était mieux de terminer cette visite au plus vite, pour ma santé comme pour la sienne.

J'ai donc objecté gentiment en lui indiquant que c'était marqué sur la fiche, tu sais avec mon nom en haut. La gynéco qui me suit habituellement y a même collé l'autocollant de l'implant et marqué "à remplacer en janvier 2017" haha tu vois c'est simple.
Et là, l'interne, qui est un peu mouchée, me demande "mais pourquoi cette contraception si vous ne pouvez pas suivre les recommandations d'utilisation?" . Alors là je t'avoue je me suis pris l'arête du nez entre le pouce et l'index tu sais genre comme Lino Ventura dans les Tontons Flingueurs, et je me suis retrouvée à lui dire que 1/ c'est justement les recommandations en cas de surpoids 2/c'est pas moi qui ai écrit ça mais le médecin qui me suit donc si elle a un souci à un moment elle prend ses ovaires et elle va s'expliquer avec la boss. (oui tu remarqueras que l'ambiance s'est un peu rafraîchie d'un coup).

Bon là je crois qu'elle s'est dit "ouais ok bon je vais pas risquer de me prendre une remarque du coup je vais laisser pisser" et là, elle me fait le miroir magique de la mort qui tue, Sun Tzu style TMTC : "vous avez un médecin traitant? Il vous suit pour le poids?" genre ah ouais cocotte tu veux la jouer comme ça ben on va amener la conversation sur ton gros cul.

(Je t'avoue, je l'ai un peu envoyée chier parce que j'étais pas venue pour ça, et en plus oui, mon médecin me suit et justement il pense que le poids n'est pas un problème majeur en ce qui me concerne. Avec ma sinusite chronique je lui ramène mes glaires d'escargot environ 10 fois dans l'année, donc si ça avait été un sujet je pense qu'on aurait pas manqué de l'aborder à l'une de ces nombreuses occasions.)

Bref j'élude parce que j'ai envie qu'on en finisse, et là elle sort sa troisième carte, l'interne : "Je vais vous examiner."
Du coup je bouge pas, j'attends qu'elle me dise ce qu'elle va m'examiner . Et là, le gros blanc. Elle me regarde, je la regarde, on se regarde (c'est ce qu'on appelle la guerre de position, tu apprendras ça en cinquième en histoire-géo normalement). Puis elle me dit : "déshabillez vous SVP", ce à quoi je réponds : "oui, le haut ou le bas?". Et là je te promets elle a eu un mouvement de panique genre "merde je réponds quoi". Puis elle dit au pif "euh le haut comme ça je regarderai si votre implant est toujours bien à sa place".

Bon je te passe la palpation des seins, à part qu'elle me demande si je m'auto-examine, puis sans attendre la réponse elle m'explique "alors vous faites comme ça et comme ça et comme ça et à la fin si vous avez pas de masse alors ça va". La vache. A part me sentir comme une future pizza ça m'a pas trop avancée sur comment on fait en vrai mébon.

Puis le moment énorme : elle cherche mon implant.

PARENTHESE TECHNIQUE
Alors rapidement, comment on cherche un implant : l'implant c'est un bâtonnet de quelques centimètres qu'on te met dans le bras en faisant un petit trou sous anesthésie.  Une fois que le truc est inséré, tu as comme une allumette sous la peau, et le trou une fois cicatrisé ben, ça fait une petite cicatrice en forme de point, qui a l'avantage de te rappeler où se trouve le bouzin. Donc pour trouver l'implant, tu cherches la petite cicatrice et l'implant est juste à côté, tu le sens sous tes doigts.
FIN DE LA PARENTHESE TECHNIQUE

Donc elle cherche mon implant. Moi je fais pas gaffe à ce qu'elle fait, sauf qu'au bout de quelques dizaines de secondes je me dis qu'elle met le temps. Elle, en panique, me dit "AHLALA mais on le sent pas du tout, il a dû s'enfoncer dans le gras il va falloir vous ouvrir le bras pour l'enlever en urgence". Alors du coup je regarde où elle tâte, pour m'apercevoir qu'elle tâte à côté de la cicatrice d'un vaccin que j'ai fait quand j'avais 6 ans, et dont la caractéristique principale est qu'il est accompagné de 3 cicatrices pareilles, les 4 cicatrices formant un petit carré.

Du coup je me repasse les doigts autour de l'arête du nez et je la réoriente vers la cicatrice de l'implant, et là, une fois soulagée d'avoir trouvé le truc et de pas devoir m'intuber sur place pour me faire une chirurgie en urgence, elle me dit "ah oui ok, c'est bon, mais bon vu comme il n'est pas évident à trouver il ne faudra pas tarder à l'enlever"

Voilà. C'est un peu infantilisant et humiliant. Mais c'est pas fini.

Puis on passe au bas. Donc t'as les pattes en l'air, un truc en plastique qui convoie un petit vent frais dans ta cavité hein, et là, la meuf, je te jure, elle regarde, elle blémit, et sans un mot, elle se barre. Elle sort de la salle de consultation en grommelant "NAFREVIENTDSUITE". Comme ça.

Je me retrouve donc le cul à l'air à attendre que quelqu'un veuille bien m'expliquer de quoi il s'agit, car pour autant que je sache, l'interne a peut-être vu un truc tellement dégueulasse qu'elle a dû aller dégobiller. Je sais pas moi, j'avais peut-être une projection d'un one man show de Dubosc là-dedans, sans le savoir.

Bref elle revient avec la boss, qui regarde et fait "heu ouais c'est un peu rouge quoi ça arrive" puis se barre, en me souhaitant une bonne journée et en s'excusant pour l'interne, mais mieux vaut prévenir que guérir hein.

Je me rhabille, puis je reviens m'asseoir au bureau pour le petit interrogatoire médical. Dans ce cabinet, j'en ai fait quelques uns, y compris avec des internes.

Mais là, je vous avoue, la meuf qui me demande texto "Comment ça va la vie? Et avec votre compagnon? C'est le père des deux enfants? Pas de violence, ça va?", ça m'a mise en colère. Fort.

Parce que cette maladresse dans un espace qui pourrait être un espace de détection des violences, ajouté à la négation de l'expérience des patientes parce que le praticien ne les connaît pas, à l'humiliation par une praticienne en devenir qui a déjà remisé l'humilité et le respect, c'est une pratique répandue. Et on ne fait rien dans la formation des médecins pour que ça change.

Eh oui, pour une meuf, souvent, le médecin, c'est laborieux, stressant, humiliant et déprimant. C'est pas pour rien que certaines n'y vont plus, et que d'autres qui y vont s'y préparent mentalement comme pour un combat de boxe où elles vont se manger des droites sans pouvoir se défendre.