jeudi 21 janvier 2016

Des objets souvent - Agressions d'origine contrôlée

Je me présente, je m'appelle Henri, je voudrais bien réussir ma vie, être aimé
Je me présente, je m'appelle Loubia, et suite à ce billet, des gens vont m'écrire pour m'insulter, en utilisant les termes ci-dessous, je l'ai lu dans le marc de café. (par contre les vannes à base de haricots sont les bienvenues, je ne m'en formaliserai pas promis)

Il y a quelques semaines, plusieurs centaines d'agressions sexuelles ont été commises pendant le réveillon du 1er janvier en Allemagne, et une partie d'entre elles (je ne sais pas la proportion que ça représente) ont été signalées à la police.

Je me pose la question du mécanisme qui a permis à ces femmes d'avoir le courage de porter plainte aussi vite, alors que dans la majorité des autres contextes elles ne le font pas. Et le mécanisme qui a fait que la police a pris les plaintes, au lieu de culpabiliser les victimes, et de les envoyer balader, comme c'est très souvent le cas.

Ma théorie, c'est qu'on  a encouragé les victimes à porter plainte et les policiers à accepter les plaintes (ce qui est bien) parce la nationalité des agresseurs garantissait deux choses (ce qui est moins bien):

- Les femmes n'auraient pas à porter la honte sociale des agressions, honte qu'on leur aurait fait ressentir si l'agresseur avait été du cru
- La société allemande s’exonère de la honte et de la responsabilité face au fait qu'une chose pareille puisse se passer sur son sol, parce que sur cet évènement particulier, les agresseurs sont étrangers - et d'ailleurs on va se dépêcher d'expulser ces prédateurs sexuels pour qu'ils ne contaminent pas notre démocratie irréprochable du point de vue de l'égalité.

Dans les media et dans les commentaires divers, ces agressions qui ont été commises par des étrangers (allez, par souci de transparence, je vais même jusqu'à dire par des Arabes, parce qu'apparemment les féministes occulteraient par bien pensance la rabzitude des coupables) sont largement plus relayées que quand elles ont la certification AOC, que ce sont des bien de chez nous qui les commettent.

On peut encore une fois utiliser l'argument préféré de notre société pour éviter de s'attaquer au problème des violences sexistes en tant que violences systémiques, et qui est toujours d'une originalité folle : bon, oui, on a des problèmes (et pas on est le problème) en Europe, mais quand même on va d'abord traiter le viol perpétré par les étrangers parce que c'est quand même plus grave hein.

On peut citer des exemples AOC : Oktoberfest, n'importe quel festival où ça picole, Woodstock, les Feria (féria, feerias, ferias?), le métro le samedi soir, les WE de bizutages d'intégration  dans des écoles réputées où on agresse sexuellement mais en rigolant tu vois .... mais une société qui laisserait faire des choses pareilles ne vaudrait pas mieux que n'importe quel pays qui inscrit l'inégalité entre les hommes et les femmes dans sa loi ou son système social (bon là je glousse jaune pipi en écrivant ça). En Europe et en Occident, il existe une tradition de se targuer d'avoir l'égalité F/H dans la loi, même si les faits et les chiffres ne font que démontrer que cette égalité reste pour l'essentiel inopérante dans la vraie vie.

Les agressions sexuelles en groupe sont fréquentes, perpétrées par toutes les catégories sociales, dans tous les espaces, et par des hommes de toutes origines et trajectoires sociales, en fonction d'un mécanisme bien identifié. L'agresseur est conforté/validé dans son action par le reste du groupe à travers l'humiliation de la femme agressée, et les agressions sont normalisées par notre société si évoluée qu'elle admet encore que les garçons sont guidés par des instincts liés à leur sguègue, et que l'éducation n'y fera rien.

Alors curieusement, sur Cologne, histoire de bien servir de caution pour différencier les agresseurs arabes des agresseurs AOC, on a eu le droit de regagner nos galons de femmes dans les discours des commentateurs de tous bords. L’appellation femme d'origine contrôlée, belles femmes bien de chez nous que ces estrangers sont venus violer jusque dans nos bras. Quand il s'agit de démontrer que les étrangers agressent plus les femmes que les locaux, nous avons le privilège de réintégrer l'humanité.

Alors que le reste du temps, il faut dire qu'on a plutôt droit à de jolies réifications style "boudin" "poule" "viande à viol" "cageot"  (d'ailleurs personnellement je trouve que pour taper sur d'autres gens, un cageot est plus maniable qu'une femme mébon) , d’appellations relatives à notre sexualité supposée et toujours jugée négativement "pute" "frigide" "garage à bites" "tellement moche que contente de se faire violer", ou à des comportements super sympas au sommet de notre représentation politique, quand des députés sifflent des députées en jupe alors qu'ils les jugent pas assez féminines si elles optent pour le pantalon, ou à des mains au cul/frottage avec émission de sperme dans l'espace public, des insultes gratuites, des tentatives plus ou moins réussies d'humiliation dans toutes les sphères publiques et professionnelles, du harcèlement des menaces et des agressions, et des jugements pour décider si nous sommes trop belles ou trop moches, trop timides ou trop grandes gueules, trop quelque chose ou trop autre chose.

En gros, dès que l'on sort du cadre volontairement mal défini, par une société encore dominée par les hommes, de ce que devrait être une femme, on s'en prend plein la gueule. Et en fait, ben c'est tout le temps qu'on est pas dans le cadre. Donc c'est tout le temps qu'on s'en prend plein la gueule CQFD POPOPO.

Mais bon comme c'est de la violence AOC, on met ça sous le tapis, et pendant qu'on parle des violences à caractère sexuel perpétrées par des Arabes puis par extension par LES ARABES, on ne remet toujours pas en question le schéma global de la violence intrinsèque dans les rapports genrés, qui se décline dans tous les pays, toutes les cultures, sous des formes diverses. On continue à associer violences à caractère sexiste et altérité, parce que ça ne se passe pas chez nous madame ce genre de choses horribles.

On a encore trouvé un prétexte pour ne pas poser le débat, le vrai, le seul, celui de savoir pourquoi on lâche pas la grappe à toutes les femmes, et pourquoi plutôt que de rentrer dans la gueule de celles qui abordent ces questions, toute la société ne se mobilise pas pour faire en sorte que l'on arrive à une égalité réelle, ce qui aurait pour avantage de n'enfermer personne dans des codes sociaux genrés qui engendrent des violences à l'encontre des personnes considérées comme des anomalies dans le fameux cadre de Schrödinger cité ci-dessus.

Mais toujours la même question : qui a à perdre au jeu de l'égalité?

Tel Alfred Hitchcock ou le narrateur zombie chelou des Contes de la Crypte, je vous laisse méditer là-dessus en regardant le prochain épisode à venir de violences AOC où on se demandera si la meuf l'a pas un peu cherché.


vendredi 1 janvier 2016

Le Podcast - Episode n°07












Loubia Connection, le podcast. Épisode n°07 : Pourquoi tu votes? Pourquoi tu votes pas? Avec Karim, Adam, Heger, Leila, Elsa et Myriam.


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