jeudi 5 février 2015

Lettre au Président - Vous n'êtes pas nous






Monsieur le Président,

Elue dans une ville de proche banlieue parisienne, je n’appartiens pas à votre parti.
Je préfère jouer cartes sur tables à ce sujet, dans la mesure où c’est avant tout en tant que citoyenne et habitante que je m’adresse à vous ce jour, ce jour où j’ai pris connaissance de vos axes de travail pour les prochains mois, et où dans le même temps, un magazine nous a montré le visage des personnes qui vous entourent, votre relève, je suppose. 


Monsieur le Président, je ne sais pas si vous pouvez mesurer la violence de ces mots, de ces arguments, de ces photographies, de la désespérance qu’elle peut provoquer chez des personnes issues d’un monde différent du vôtre, de celui de votre entourage immédiat. 

Nous ne sommes pas vous et vous n’êtes pas nous. Pourtant vous prenez les décisions dont nous devrons assumer les conséquences au quotidien.

Nous ne pouvons imaginer un instant que vous soyez en position de comprendre la réalité de la vie de la majorité des personnes qui vivent dans ce pays. 

Nous ne pouvons imaginer un instant que vous soyez en mesure d’appréhender les problématiques des gens qui font ce pays. Nous savons que vous consultez des experts en nous, des statisticiens spécialisés en nous, des experts qui nous scrutent à la loupe pour vous produire des analyses et des rapports que vous étudierez scrupuleusement pour ensuite commander des rapports, écrire des lois et des circulaires, créer des dispositifs et des plans.

Vous nous passez à la moulinette pour nous transformer en chiffres, en catégories sociales et socio-professionnelles, en classe d’âge, en unités de consommation et que sais-je encore. 

 Nous sommes des personnes, Monsieur le Président, et nous ne pouvons continuer à vivre avec cette idée que vous nous regardez de vos salons cossus à travers ce prisme déshumanisant. Vous nous regardez dans notre diversité, notre ailleurs, notre altérité, notre réalité que vous ne pouvez qu’imaginer, et qui est soigneusement gardée à distance par vous, par votre entourage, par vos choix de collaborateurs et de conseils, par les politiques initiées depuis des dizaines d’années.

Vous ne pouvez pas nous comprendre, comment pensez-vous pouvoir nous gouverner, nous offrir un monde meilleur ?

Je vous ai écrit cette lettre, Monsieur le Président, du haut de ma colère, du fond de ma banlieue, de cet endroit exotique qu’est la vraie vie. 

Un jour peut-être prendrez-vous le temps de réellement venir nous voir vivre.
Je ne parle pas de ces voyages en vie normale, où perdu dans une nuée de conseillers, vous venez nous visiter une heure, deux heures, avec ces journalistes qui couvrent l’événement comme s’il ne se passait pas à 40 minutes en métro de l’Elysée, comme si vous étiez en voyage diplomatique dans un pays lointain alors que nous sommes à côté de chez vous. 

Je vous parle de partage du commun. Connaissez-nous, apprenez de nous. 

Gouvernez avec nous pour ne pas gouverner contre nous. C’est urgent.