mardi 25 juin 2013

Aux ministres de (tous) les Francais

Huit jours. Il leur a fallu huit jours pour exprimer publiquement, du bout des lèvres, ce qui devrait tomber sous le sens. Quelque chose qui est une évidence, mais qui étrangement, dans les cas qui nous préoccupent, semble soudain sujet à précaution.

Pendant huit jours, j'ai attendu sur les réseaux sociaux, dans les journaux que j'ose encore croire de notre côté, qu'ils prononcent ces quelques mots,qui sont le B.A-BA de la communication politique  : "si ces faits étaient avérés, sachez que nous les condamnons sans réserve. Il est inadmissible et illégal d'agresser une personne gratuitement de la sorte".

Cela n'aurait pas mangé de pain, et ils ne se seraient pas exprimé en contradiction avec les positions qu'ils ont exposées vis à vis du voile.

Ah mais attendez. 

J'ai dit "gratuitement"? Pardonnez-moi. Il semble que nous ne soyons pas d'accord sur ce terme. Personne pour dire que l'on n'agresse pas quelqu'un physiquement pour ses idées ou sa tenue vestimentaire. Que les femmes étaient dans la légalité, puisqu'elles ne portaient pas le voile intégral. 
Et même dans le cas où elles l'auraient porté, faire respecter la loi soi-même à coups de tatane n'est absolument pas autorisé. 

Personne pour affirmer que la violence contre ces personnes n'est pas justifiée.  Pendant ce temps, pas de mise au clair des faits par l'Intérieur, laissant la place aux fantasmes qui font salement penser à ce qu'on entend sur les femmes violées. Elles ont certainement un peu cherché à se faire taper sur le coin de la gueule ces femmes. Si elles voulaient être en sécurité, elles n'avaient qu'à se rende invisibles, à se dévoiler.

Est-ce cette société que nous voulons? Une société où des femmes n'osent plus sortir de chez elles? A l'argument-bateau des femmes qui ne peuvent sortir en mini-jupe sans se faire taper par des barbus, je réponds que oui, il y a une violence globale contre les femmes, et que se venger de la violence faites aux unes en terrorisant les autres relève du même mécanisme d'instrumentalisation des femmes pour asseoir sa supériorité. Après que cela passe par la religion ou par l'Etat, c'est kif kif bourricot.

Chaque minute sans réaction de la Ministre déléguée au droit des femmes, a renforcé les gens déjà disposés à le croire dans l'opinion que les femmes voilées ne sont pas des femmes dignes d'etre défendues.

Chaque minute sans réaction du Ministre de l'intérieur et du culte, a conforté dans leur sentiment d'impunité des personnes déjà disposées à en agresser d'autres en raison de leur appartenance à une communauté. Et, circonstance aggravant, les dernières paroles prononcées par M. Valls sur le sujet n'étaient absolument pas de paroles d'apaisement, bien au contraire.

Depuis des mois, le champ laissé libre par ceux qui devraient être du côté des discriminés est occupé par des amalgames orduriers, des injures à toute une frange de la population, la description de barrières soi-disant poreuses entre l'intégrisme, la simple foi et la bougnoulitude, qui sont devenues tellement banales que toute tentative de les déconstruire est interprétée comme une volonté de faire entrer notre pays dans une ère répressive, barbue et bâchée de préférence.

Leur peur de se positionner devient notre peur de mourir. 

Quand les témoignages décrivent des propos tels que "Sale Arabe" ou "Sale Musulmane", comment voulez-vous que les personnes issues de ces communautés ne se sentent pas visées? 

Notre présence sur le territoire français serait-elle illégale? Devrions-nous nous justifier de trimballer nos gueules de métèques dans la rue?

Sommes-nous des citoyens de seconde zone? Notre condition de "visibles" nous condamne-t-elle à apporter la charge de la preuve, à être interrogés comme des criminels alors que nous sommes victimes?

Leur hésitation à qualifier ces actes comme des agressions contre des personnes en raison de leur appartenance ethnique et/ou religieuse nous démontre que nous ne sommes pas protégés. Nous sommes à la merci de l'arbitraire, du faf qui décide de sortir casser du bicot et du nègre, sans personne pour affirmer que nous méritons d'échapper à ce sort, comme tout un chacun. 

La déception, la colère et la peur ne font pas bon ménage. Nous ne souhaitons pas nous organiser pour nous défendre, parce que la France met à la disposition de ses habitants, semble-t-il, des personnels et des institutions pour cela. Y avons-nous réellement accès? Ou notre appartenance à la société française n'est-elle qu'une illusion?

À force de ne pas s'opposer de façon ferme à des propos extrêmes, ne serait-ce que pour tempérer les ardeurs des uns et des autres, les garde-fous sont tombés et la radicalisation a pris le pas. Dans un vieux relent colonial, politiques comme media ont commodément oublié que la parole des "pas de souche" existe, et participe à l'étouffer, au lieu de lui faire une place dans le paysage.

Nous sommes dans la position où nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. En parlant, en interpelant, en tant que Français pour certains, en tant qu'habitant d'un pays pour tous. Nous voulons être écoutés, et montrer que nous avons notre place dans notre pays. Pour cela, nous ne pouvons accepter de prendre celle que l'on nous assigne. La France est un pays de libertés paraît-il. Une liberté définie par les personnes au pouvoir, et qui étrangement n'est que la traduction de leur mode de vie de dominant.

Nous ne pouvons pas accepter que notre humanité soit conditionnée par notre capacité à courber l'échine. Nous avons des droits, et certains d'entre nous les feront valoir tant qu'ils existeront. Et si ces droits venaient à être réduits, alors il ne nous resterait plus qu'à constater le basculement du pays dans la répression, rampante depuis des années déjà. 

Et lutter encore plus fort.