mercredi 29 mai 2013

Attends un peu avant d'me dire que tu voudrais (pas) des p'tits bébés

J'invoque Jean Leloup (ce blog est bon pour ton karma musical) en ce jour, pour parler des femmes qui choisissent de ne pas ou plus avoir d'enfants. 

Lors de ma visite post accouchement pour le petit dernier, le médecin avec qui j'avais rendez-vous était parti accoucher une femme en urgence. Autant te dire que j'ai eu le temps de discuter avec ma voisine. 

Elle m'a expliqué qu'elle avait demandé au médecin sus-cité de profiter de sa césarienne pour lui ligaturer les trompes, histoire de pas passer sur le billard deux fois. Le mec lui a dit non la première fois, et elle a dû négocier sec pendant toute sa grossesse pour qu'il le fasse finalement. Il lui a sorti tous les arguments "mais vous êtes sure? Et si votre mari meurt? Et si vous divorcez? et si votre enfant meurt? et si y a une attaque de grenouilles et qu'il vous prenait la folle envie de vous reproduire avec l'une d'entre elle?"

Bref, la nana, elle en avait marre. Ce qui m'a scié, c'est que le médecin lui prenait la tête alors qu'elle en était à son sixième gosse, et qu'elle ne prenait pas de contraception. Du coup, elle a décidé à 43 ans que six mômes c'était bien assez, et que zip zip, on ferme la boutique trankilou discrétos, on dit rien à personne. 

Ben non, on l'a quand même fait chier pour bien vérifier que son chromosome X n'avait pas trop endommagé sa capacité de réflexion. Elle a dû négocier la mise en oeuvre technique de la décision qui n'appartient qu'à elle. Négocier, putain, son droit à ne plus procréer.

Et là je te parle d'un cas où même si je prends les questions débiles du gars plus haut, j'ai envie de dire qu'elle a toutes les bonnes raisons de le faire. Parce qu'il est peu probable que tous ses enfants meurent en même temps (puis bon, tu noteras que les enfants, ça se remplace TROP LA CLASSE). Puis même si ses gosses crèvent tous en même temps bouffés par leur nouveau beau-père la grenouille, à 43 ans, elle pourrait difficilement, de son propre aveu et finalement de celui de son médecin, remettre le couvert. 

Mais le plus important, que l'on ne prend que très peu en compte, c'est qu'elle ne veut plus. ELLE NE VEUT PLUS. ELLE.

Alors je te parle pas des autres. Celles qui n'ont pas le cumul des bonnes raisons. Qui n'ont pas assez de mômes de rechange, quand elles n'en ont pas du tout. Qui sont trop jeunes et à qui on renvoie toujours l'horloge biologique en pleine gueule. A qui on dit que peut-être à 45 ans elles auront envie, et là elles seront bien attrapées. Que la pression familiale, et particulièrement la pression de la tante relou, tu sais celle avec le poireau avec un poil dedans, qui leur rappelle régulièrement leur date de péremption, va forcément avoir raison d'elles.

Nous ne pouvons pas nous déterminer en tant qu'individus. Nous devons nous déterminer en fonction de l'autre, qui ne pourrait supporter de partager sa vie avec une personne inféconde (effectivement, je pense qu'avoir des enfants ou pas peut être une question fondamentale pour la construction d'un couple, mais j'ai du mal avec la notion selon laquelle tu pourrais faire des enfants pour faire plaisir à l'autre, ou pour entrer dans son schéma si tu ne le partages pas). En fonction de la société, qui dévalorise les femmes, mais qui valorise les mères qui le sont forcément devenues avec le concours d'un homme. Mais tu ne leur DOIS pas d'enfants à tous ces gens là.

Tu as le droit de décider, seule, si tu veux ou pas des enfants.On te nie le droit de prendre une décision qui impactera ton propre corps, et ton propre avenir. Et si tu le regrettais? Même les femmes ont le droit de prendre le risque de regretter plus tard. Et d'agir en conséquence, ou se faire une raison. On ne nous prête pas la capacité d'avoir pesé le pour et le contre, et d'avoir mûrement réfléchi aux conséquences de cet acte, et d'avoir jugé le bénéfice plus grand que le risque. On ne prend pas non plus en compte le bénéfice de ne pas avoir d'enfant. C'est forcément triste et incomplet, une femme sans enfant. 

Bon bref tout ça pour dire que nous ne pouvons pas redevenir mineures dès que nous franchissons la porte du cabinet médical. Nous devons être intransigeantes sur nos droits, et ne pas avoir peur de les faire valoir. Même le cul à l'air sur la table d'examen.


mercredi 15 mai 2013

Le choix et l'impact

Faire un enfant, quand on est en couple, c'est en principe un choix à faire à deux.

Parce qu'un enfant, une fois pondu, ça prend du temps des deux personnes qui constituent le couple, c'est une éducation concertée, c'est une implication qui devrait (bon ensuite on s'aperçoit que dans la pratique c'est pas toujours le cas) être partagée. 

En revanche, même une fois que l'on est d'accord sur le principe, il y a la question du quand. Même quand tu veux des enfants, il y a des moments où TOI tu n'es pas prête

Tu n'as juste pas envie, là, maintenant. 

Je me souviens que M. Hamster m'a dit cette phrase, deux fois : "Moi je suis prêt. Maintenant, c'est quand tu veux". On en a souvent discuté, et je suis heureuse d'avoir un mec qui a cette humilité de se dire, de me dire, que oui, l'impact de notre choix commun sera forcément plus fort pour moi. Que nous ne réfléchissons pas sur la base des mêmes paramètres. 

Que pour une femme qui va porter un enfant, la grossesse, qui te prend un an de ta vie, ben c'est déjà un an de ta vie. Un an à gerber, avoir mal au ventre, avoir des contractions, être essoufflée, à grossir ou maigrir de manière inconsidérée, à te faire regarder juger et palper par tout un tas de gens, médecins, sage-femmes ou petites vieilles qui veulent te tripoter le bide, à saigner pas saigner, à être jugée parce que tu fumes/bois/mange des huîtres. Bref un an de ta vie où ton corps ne t'appartient plus, où toutes tes actions vont être jugées à l'aune de leur possible effet sur cet être en devenir que tu as dans le ventre. Pendant un an, tu ne dois plus rien faire pour toi.

Ensuite c'est l'annonce à ton patron, la peur de la réaction, ta date de départ qu'on te redemande douze mille fois, et à laquelle on rajoute systématiquement les 15 jours de congés patho, avec le sous-entendu que t'es qu'une pauvre feignasse qui se sert de son utérus plein pour gratter des jours. C'est les questions intimes sur l'allaitement, sur lequel tout le monde a un avis, sur le prénom, sur lequel tout le monde a un avis, sur le régime alimentaire, sur lequel tout le monde a un avis, sur le sexe du gamin, sur lequel tout le monde a un avis.

Puis ensuite c'est le congé maternité, la coupure sociale, où t'es seule chez toi avec ton gros bide et tes séries télé si t'as pas de chance comme moi, ou si de toute façon même en pleine forme, ton entourage n'est pas là, occupé dans ce monde dont tu es exclue temporairement. Tu culpabilises parce que t'es chez toi, mais t'as pas la force/le droit de faire le ménage, et même avec quelqu'un de compréhensif, t'as toujours le moment "ah... la lessive n'est pas faite?" Parce que t'aurais été en congé, mais pas enceinte, ben tu l'aurais certainement faite la lessive, comme ton/ta conjointe l'aurais faite s'il/elle avait été en congé. Sauf que là t'es en congés parce que t'es en cloque. Tu n'as pas envie qu'on te considère comme malade, mais t'es quand même un peu diminuée, et ça te fait chier parce que tu refiles toutes les tâches à l'autre.

Vient l'accouchement, la douleur avant la péridurale, la douleur pendant la péridurale, la douleur après la péridurale, la douleur sans la péridurale, la déchirure de la chatte ou l'épisiotomie, le médecin ou la sage-femme pour qui tu n'es qu'un numéro, qui te dit que tu es une petite nature parce que tu hurles de douleur quand on te fait un toucher vaginal pour vérifier l'ouverture du col. Y a la poussée où tu sors un truc de la taille d'une pastèque de ton vagin, avec les médecins ou les sages-femmes qui te coachent comme si tu faisais de l'haltérophilie, et ton/ta conjointe, qui te tient la main, mais qui ne sait pas où se foutre, parce qu'on l'a mis(e) là, qu'il/elle n'a pas été pris(e) en compte dans tout ça par le personnel soignant. T'es sur la table, là, en train de chialer ta mère, mais t'es quand même en train de le/la rassurer, de lui trouver une place dans cet événement, pour qu'il /elle le vive un peu, que vous puissiez en parler ensuite, alors que t'as juste envie de sortir ce truc qui n'en finit pas de s'accrocher là dedans. 

T'as la peur de la césarienne, seule dans cette salle d'opération où tout un tas de gens te regardent les ovaires alors que tu es consciente, et qui t'arrachent ton môme du bide pour te le donner 3 minutes, le temps de lui faire un bisou et de l'emporter pour quelques heures. T'as la douleur après la césarienne, une fois que l’anesthésie a fini de faire effet et que tu as besoin qu'on t'aide à te lever pour aller pisser. T'as cette sensation de déchirure en bas du ventre la première fois que tu te lèves, et ensuite tu te retiens de pisser pour pas avoir à la ressentir encore. T'as le choc quand tu te décides à regarder la plaie refermée par des fils et des agraphes, et la peur que ça se rouvre quand on t'enlèvera les fils dans une semaine. 

T'as l'hémorragie qui dure des jours, à remplir des serviettes hygiéniques énormes de sang et de caillots, que tu savais pas que tu avais tout ça dans le ventre.

T'as le regard condescendant du personnel soignant qui comprend pas que l'anesthésie t'as filé une constipation qui te déchire le cul à chaque fois que tu y vas, et que la peur de pousser, ben, elle t'empêche de pousser quoi. 

T'as la solitude dans ta chambre avec ton bébé qui se réveille toutes les trois heures en chialant, alors que tu voudrais juste dormir après avoir accouché six heures avant. T'as le regard réprobateur des puéricultrices quand tu décides de le leur refiler pour une nuit (23h-6h, faut pas déconner non plus) histoire de reprendre des forces.

T'as l'incompréhension quand tu refuses le photographe de l'hôpital, parce que t'en as rien à foutre d'être prise en photo dans ton peignoir avec ta gueule de déterrée, que même ton bébé tout mignon il te rendra pas belle, mais que ça ferait tellement plaisir à l'entourage.

Puis y a le retour à la maison, le défilé pour voir le chiard, les conseils qui te sont adressés à TOI sur comment le faire manger/coucher/laver/lui donner une tétine ou pas. La prise de conscience que s'il y a un problème, ce sera TOI la responsable dans les yeux des gens qui t'entourent. Il y a les questions pour savoir si tu vas reprendre le boulot, ce qui te semblait une évidence, et qui ne l'est pas pour les autres. Il y a les questions pour savoir si tu vas prendre un congé parental, ce qui te semblait une évidence, et qui ne l'est pas pour les autres. Quel que soit ton choix, tu te sens jugée.

Puis ensuite c'est le congé maternité, la coupure sociale, où t'es seule chez toi avec ton gros bide bébé et les séries télé si t'as pas de chance comme moi qui ai accouché en hiver, ou si de toute façon même en plein été, ton entourage n'est pas là, occupé dans ce monde dont tu es exclue temporairement. Avec ton bébé à changer et nourrir toutes les quatre heures, qui t'empêche d'avoir une activité continue de plus de trois heures.

Puis y a le retour au boulot, la peur de se faire subrepticement lourder à petit feu, les suspicions de moindre disponibilité pour le taf, tout ce qui est produit par cette société qui a assigné la femme aux tâches domestiques et à l'éducation des enfants. 

C'est un an de ta vie où même dans un couple égalitaire, tu es seule face à tout ça. C'est un an de ta vie où on va toujours minimiser tes souffrances, parce que oui ça craint, mais tu les subis pour une cause tellement belle.

C'est la différence immuable entre celle qui porte le môme et celui ou celle qui ne le porte pas.
C'est la raison pour laquelle le choix, en définitive, doit être entre les mains des femmes concernées, et pas dans celui de leur conjoint(e) ou de l'entourage.