mardi 3 décembre 2013

L'antiracisme de gala

Hier, le 2 décembre, s'est tenue une soirée de gala au théâtre du Rond-Point, avec beaucoup de Blancs parisiens qui s'engagent contre le racisme. Ils pourront dire "le 2 décembre, je me suis engagé-e contre le racisme" et on leur dira combien ils ont été courageux d'assumer leur bien pensance face aux méchants qui embêtent leur voisin Mamadou la ministre Christiane Taubira.

Si tu regardes bien, cette soirée, c'est encore les gens pas victimes du racisme qui viennent te parler du racisme et te dire comment c'est mal et qu'on est tous pareils.

Ils ont même poussé le vice jusqu'à donner la parole à nos amis pompiers pyromanes, Plantu, Charb et Caroline Fourest, à qui un jour peut-être j'écrirai une lettre d'amour pour les remercier d'avoir tellement facilité la vie de mes congénères en France ces vingt dernières années.  J'y joindrai certainement une merguez d'or pour l'ensemble de leur oeuvre.

Ah on me dit dans l'oreillette que dans le tas il y avait Abd Al Malik, et c'est vrai qu'un Noir, ça représente les Noirs. Et parce que quand même il fait du slam de la variet' du rap France Inter.Et surtout il est noir quand même. Alors ton histoire de blancs intellos et riches, petit hamster, tu te la remballes, ON EST PAS RACISTES ON TE DIT.

On a donc chanté, lu, et dessiné pour lutter contre le racisme. Et même que ce soir, exceptionnellement, Plantu s'est contenté de dessiner des petits poneys, parce que si on le laissait dessiner des gens, il aurait eu du mal à ne pas leur mettre un foulard ou un chech sur la tête.

 C'est beau quand même. 
Plein d'artisteuh n'est-ce pas qui organisent un événement "intelligent et festif" (sic). La culture contre la haine. Mais oui madame, c'est vrai que ce n'est pas politique du tout, le racisme n'est que le produit de la fange intellectuelle. On va élever un peu tout ça et hop, tout le monde se fera des bisous.

On a organisé une teuf pour bien lui montrer au racisme, et il est bien attrapé maintenant.

On va marcher aussi. On va aller se faire fondre nos gros culs dans le froid le 8 décembre, après s'être gavés de petits fours le 2, au nom de la République. La Marche des Républicains, pour dire que comme nous sommes Républicains, nous ne pouvons pas être racistes et même qu'on est contre le racisme, qu'est-ce que tu en dis de ça, Mohamed?

Les mecs, vous êtes gentils, mais la République, ça fait trente ans que je la regarde me cracher dans la gueule, ainsi qu'à ma famille et mes amis, et plein de gens que je connais pas. 

C'est la République qui contrôle mon frère dans le métro ou au volant de sa bagnole parce qu'il a sa grosse gueule de bougnoule ostentatoire.

C'est la République qui humilie mes parents à chaque fois qu'ils doivent renouveler leur titre de séjour, et qui les fait flipper comme des cons quand ils repartent avec leur récepissé, cette peur de se faire contrôler et embarquer par les flics.

C'est la République qui a dit à mes soeurs que la prépa n'était pas pour elles, parce qu'Arabes de banlieue défavorisées, elles n'y avaient pas leur place. 

C'est la République qui n'a pas réagi quand ma copine de classe s'est fait traiter de "sale grosse noire qui pue" en plein cours, en 4ème. 

C'est la République qui empêche ma voisine d'aller à l'école car elle a la tête couverte d'un foulard, ou même d'un bandeau un peu large. 

C'est la République qui fait des tours en bagnole dans la cité à côté de chez moi, et qui fait des fouilles au corps, dix fois, vingt fois par jour, sur des mecs qu'elle connaît forcément, puisqu'elles les a contrôlés déjà la veille. 

C'est la République qui me demande "c'est quelle origine votre nom?" quand je refais mes papiers FRANCAIS mais ne le demande pas à mon mari qui a pourtant des "origines" aussi, mais européennes. 

Alors si c'est cela être républicain, je ne marcherai pas le 8 décembre, ni un autre jour.

Parce que le racisme, c'est toute l'année et pour des millions de personnes, et que cette mascarade pour se racheter une conscience, tout en silenciant les premiers concernés, me file la gerbe.


jeudi 28 novembre 2013

Barren

Cette année, je vais encore poser la question tout en sachant que je ne sauterai pas le pas.

Pourtant, la praticienne du planning familial me dira qu'il n'y a aucun problème pour lancer la procédure. Elle me l'a déjà dit l'année dernière.

Quand j'ai abordé la fameuse question avec le médecin de la maternité, au sortir de ma grossesse relou, il m'a dit qu'il ne fallait pas penser comme cela à mon jeune âge et que parfois, "les femmes changent d'avis et regrettent". Les femmes, hein. Pas certaines femmes.

Il m'a même affirmé que la peur de la grossesse qui peut finir en guerre nucléaire était souvent vaincue, chez les femmes, par le désir d'avoir des enfants.
 
J'ai opté pour une contraception temporaire.
Pourtant, je ne veux plus d'enfants, et encore moins si je dois passer une année de ma vie enfermée chez moi, avec la peur (au ventre hihi) de me refaire ouvrir le bide et risquer l'hémorragie de l'enfer menant à la transfusion. Je sais que je n'ai pas envie de prendre ce risque, aussi minime soit-il. Crever en donnant la vie, la belle affaire.

Mais surtout, je le répète, je ne veux simplement plus d'enfant.

Je m'étais promis de torcher la question des grossesses avant mes 30 ans, puis de couper le robinet définitivement. J'ai mes deux mômes comme je voulais, et je suis sure à 100% que je n'en veux plus. "Mais si vous vous séparez/ton mari meurt, et que tu te remets en couple? Si ton nouvel homme veut un enfant de toi? Si tes enfants meurent?" Bon déjà, permets-moi de te dire que j'apprécie ton optimisme. Et de toute façon, JE n'en veux plus, alors ne me parle pas de l'autre. Je n'en veux plus, et surtout pas dans 10 ans, quand mes enfants aujourd'hui petits pourront se prendre en charge un peu tout seuls, et que je pourrai à nouveau sortir le soir sans mettre en place tout un cirque logistique. J'ai aussi des projets pour moi, et j'espère à 40 ans pouvoir reprendre une vie de zazou.

Mais aujourd'hui, la crainte de regretter un jour est plus grande que la perspective du confort. Ne plus s'emmerder avec une contraception temporaire et ses inconvénients, j'en rêve. Alors je privilégie une hypothèse lointaine et peu probable au détriment du choix raisonnable d'une qualité de vie concrète, immédiate, accessible et souhaitée.

Comme si au fond, ma capacité à avoir des enfants, même si je n'ai plus l'intention de l'utiliser, était une condition sine qua non pour pouvoir être une femme valable. Je sais que ce n'est pas vrai, mais ce que je sais ne parvient pas à vaincre cette représentation inconsciente, irrationnelle mais persistante (1).

Je cède à l'incertitude.

Cette année encore, "Et si" prend encore le pas sur "maintenant". Et je sais, profondément, qu'un jour je sauterai le pas, avec le regret de ne pas l'avoir fait des années plus tôt.

Mais pas cette année.

Peut-être l'année prochaine.

(1)  bon là je fais semblant de douter, mais c'est ça que j'ai dans la tête, là, derrière - d'ailleurs à ce sujet, vous pouvez lire Dworkin, elle théorise ça de manière tellement claire que rien que d'y penser ça me fait doublement chier, tiens.

vendredi 15 novembre 2013

Pourquoi le meeting contre les extrémismes (PS) est une imposture

J'apprends aujourd'hui que M. Harlem "SOS racisme" Désir annonce un meeting contre les extrémismes.

J'apprends que seront présents comme têtes d'affiches, Manuel Valls, Vincent Peillon, et Christiane Taubira.

J'apprends que ce meeting se tiendra le 27 novembre, en réponse aux attaques racistes dont a été victime Christiane Taubira.

Sur le principe, un meeting pour réaffirmer que le racisme ne passera pas, je suis tout à fait pour.

Sauf que.

Le 27 novembre est le jour de la sortie du film "La marche", qui retrace l'histoire de la Marche pour l'Egalité et contre le Racisme, qui s'est tenue il y a exactement trente ans, entre octobre et décembre.

Il est important de rappeler que cette marche a été récupérée par le PS au pouvoir à l'époque, pour mieux étouffer les revendications des marcheurs. Et oui, 1983 est aussi l'année de naissance de SOS Racisme, qui a été créée pour récupérer la question du racisme- pourtant initialement prise en main par les premiers concernés- et en faire un organisme antiraciste soft, qui ne fâcherait pas trop par ses revendications.

Donc là, Harlem Désir (qui au passage a pris la présidence de SOS Racisme en 1984, et donc participé à la silenciation des participants à la Marche) annonce qu'encore une fois, on va organiser un événement pour que le PS réaffirme ses positions antiracistes, au lieu de laisser parler les organisations et acteurs de l'antiracisme tel que défendu par les racisés eux-mêmes.

Ensuite, j'avoue que tenir une telle position en ayant dans le gouvernement Manuel Valls, qui a fait de belles sorties sur le problème musulman, le problème africain, le problème Rom, et les blancos, ça me fait doucement rigoler jaune pipi. Et en faire un chantre de l'antiracisme en l'invitant à ce meeting, c'est juste une énorme blague, d'autant plus qu'il a retoqué la seule petite mesurette concrète qu'on lui demandait contre le racisme, à savoir le récepissé lors des contrôles au faciès.

Autre grief que j'ai contre ce meeting, qui pue donc la récupération à plein nez. Le PS se rachète une virginité car ils ont la "chance" d'avoir une racisée dans leur gouvernement qui s'en prend plein la gueule. Sans minimiser ce que vit Christiane Taubira et la gravité des paroles racistes à son encontre, je vous rappelle que lorsque des jeunes femmes voilées se sont fait agresser, il n'y a pas eu de meeting, pas un mot avant une dizaine de jour. Que malgré les alertes lancées par Stop le contrôle au Faciès, le CCIF, les Indivisibles, sur les manifestations racistes, y compris dans la presse, il n'y a pas eu de meeting.

Ce que vit Christiane Taubira, des millions de racisés le vivent. Et je trouve que la mobilisation autour du racisme est très bien. Mais le PS, malheureusement, a perdu toute légitimité à initier un tel mouvement.

Enfin, je ne peux m'empêcher de noter que "contre les extrémismes", c'est équivoque. Je te parie un billet qu'on va aussi parler d'islamisme. Un peu. Histoire de pas perdre la main.





samedi 9 novembre 2013

Le Coeur ou la Foi, mais pas les deux à la fois

Les Restos du Coeur ont refusé dans plusieurs villes l'offre de bénévolat de femmes portant le foulard. 

Dans l'un de ces cas, la femme voilée fait partie de l'association Coexister, qui comme son nom l'indique, travaille pour le dialogue inter-religieux, et dont les adhérents ne "gardent pas leur religion dans la sphère privée" - j'utilise volontairement cette expression devenue une tarte à la crème laïcarde. Au contraire, ils sont convaincus que les croyants peuvent exprimer leurs convictions religieuses et vivre en bonne entente avec les croyants des autres religions et les non-croyants. 

Sur tout le contingent de bénévoles issus de cette association, elle est la seule à se faire refouler. Parce qu'elle porte le voile, et que ce voile prouverait qu'elle ne rentre pas dans le cadre de l'« indépendance complète à l'égard du politique et du religieux » telle qu'elle apparaît dans la Charte du Bénévole. Sauf que, encore une fois, les adhérents se revendiquent tous d'une appartenance à une religion. Tu as donc une brochette (pas hallal, hin hin) de personnes ouvertement croyantes, et seule la femme musulmane voilée est rejetée.

On apprend donc que pour les Restos du Coeur, la personne qui vient chercher son colis alimentaire risque de choper une islamite aiguë au contact de cette femme qui va certainement lui dire "Bonjour" et toucher des aliments qu'il va ensuite mettre dans sa bouche.

Les Restos du Coeur contribuent au fantasme collectif qui voudrait qu'une femme voilée soit par défaut incapable d’interagir avec la société sans but prosélyte, comme si son voile la privait d'empathie pour les personnes démunies.

Une femme fait la démarche d'intégrer une association pour être au contact des gens. Son voile lui vaut d'être exclue de cette association. Et on reproche ensuite aux femmes voilées de s'exclure de la société. Paie ta logique. 

Et les Restos du Coeur d'interpréter sa Charte au sens de la non-visibilité, au lieu de la liberté de conscience, comme si une personne religieuse était privée de tout libre arbitre. 

Les Restos du Coeur vérifient-ils que leur bénévoles ne sont pas encartés dans un parti ou un syndicat? Je ne le pense pas. Et pourtant, il s'agirait de militantisme politique, alors que rien ne prouve qu'une femme voilée soit par essence une militante de l'Islam prosélyte. 

Marwan Muhammad, du CCIF fait sur son site un jeu de mot : Aujourd’hui, on n’a plus le droit ni d’avoir faim… ni d’avoir foi.

Je dirais plutôt que les Restos du Coeur s'arrogent le droit de porter un jugement sur la pratique religieuse des gens, pour décider ce qui est correct ou pas. 


mardi 8 octobre 2013

Parle lui, à lui, là. (partie 1 : le coiffeur)

Une logorrhée courte explication sur pourquoi, quand nous faisons des démarches liées à nos enfants, M. Hamster et moi y allons toujours l'un sans l'autre.

LE COIFFEUR

Monsieur Hamster et moi allons chez le coiffeur pour faire couper la tignasse aux chiards. La coiffeuse est très sympa, et coupe correctement les cheveux pour pas trop cher, mais elle a des phrases de coiffeuse, de celles qui m'insupporte.

Quand j'y vais seule, elle me reproche (toujours gentiment, elle est sympa ma coiffeuse) de ne pas vouloir de brushing, alors que je serais tellement plus belle les cheveux lisses. Des phrases de coiffeuse quoi. 

Quand j'y vais avec mes mômes et mon mari, le deal c'est que M. Hamster prend le petit sur les genoux pendant que je surveille le grand qui attend son tour (oui, comme en général M. Hamster se fait couper les tifs par la même occasion, on trouve con que ce soit moi qui me retrouve le pull plein de cheveux coupés qui te forcent à te jeter toute entière dans la machine à laver. Bref) Je ne suis là que pour surveiller le gamin qui n'est pas sur la chaise, et qui s'emmerde au point de grimper tout en haut des rideaux. Je ne suis là que pour éviter que le môme qui attend son frère ruine ton salon de coiffure.

Mais la coiffeuse, qui est donc prête à couper les tifs du petit, suspend son geste, se tourne vers moi qui suis en train de faire un double nelson à mon gamin pour qu'il n'aille pas se noyer dans les bacs à shampooing. Et alors que M. Hamster est sous son nez sur la chaise, avec le petit sur les genoux, elle me pose cette question : "Je lui fais quoi?". Sauf que j'ai pas d'avis. Sauf que je bredouille "ben, vous lui coupez plus court", réplique de merde qui prouve que je n'ai aucune valeur ajoutée liée au fait que le petit a passé un peu de temps dans mon utérus.

Elle est contente, elle se met à l'ouvrage. M. Hamster ferme sa gueule, et quand elle a fini, elle se retourne à nouveau vers moi pour me demander "ça va comme ça?". A ce moment là, je suis sous le fauteuil d'attente en train de récupérer les pinces à cheveux que le grand a piquées et est parti cacher. 
Je réponds "heu, je sais pas, t'en penses quoi, M. Hamster?" Et là, il lui dit quoi faire. Parce qu'il a le nez dans les cheveux du petit, qui est assis sur ses genoux. Parce que je lui ai donné la permission de s'exprimer sur un sujet de maman.

Quand elle a fini les retouches, elle dit "Il est beau hein?" en me regardant, alors que je suis en train d'empêcher le grand de faire des collages avec les magazines mis à disposition des clients.

Par contre, quand il s'agit de payer, elle parle à M. Hamster.

mardi 1 octobre 2013

Comment je suis devenue une Arabe

Que les choses soient bien claires, je ne le suis pas. Et même si je l'étais, je souhaiterais que l'on ne m'identifie pas qu'à l'aune de cette unique caractéristique. Mais la réalité est toute autre. Aussi je pense nécessaire d'essayer de comprendre quel cheminement m'a amenée à me revendiquer de la catégorie des Arabes/Musulmans/gens bronzés qu'on ne sait pas trop comment nommer.

Je suis née de parents kabyles, dont l'un ne se considère pas Musulman. Nous, les enfants, avons tous été élevés hors de la religion, mais dans la culture, à savoir que nous fêtions et fêtons toujours les grands événements du calendrier musulman, à savoir les deux Aïd, et que certains d'entre nous font le Ramadan, pendant que les autres respectent ceux qui font le Ramadan.

Si vous pensez que nos origines kabyles sont pour quelque chose dans cette appréhension de la religion - j'ai déjà entendu souvent que les Kabyles ne sont pas Musulmans, enfin pas comme les Arabes, enfin on sait pas trop ce qu'on veut dire mais on veut te faire comprendre que ton ethnie est à part sur ce plan-là - je vous arrête de suite. Mes grands-parents étaient tous Musulmans, pratiquants et tout, c'est mon père et ma mère qui ont fait un choix quand à leur position par rapport à la religion. Ils ont choisi sciemment d'accepter le dogme pour l'une, de ne pas l'accepter pour l'autre. De la même manière que nous tous, ils ont adopté une posture toute personnelle, et ne doivent de justifications à personne.

Pour ma part, je n'ai jamais cru en Dieu. Je n'ai jamais pensé une minute que j'étais croyante. 
Pourtant, je faisais partie des Musulmans, à en croire les gens de mon école, enseignants comme élèves. Pourtant, j'ai souvent eu des sandwichs au jambon de porc ou aux rillettes dans mon sac, quand il y avait des pique niques. 

Je me souviens  du collège, qui a été une période un peu plus dure que les autres, celle de l'affirmation de soi. Tu as entre 11 et 15 ans, tu cherches ton identité et les autres petits connards autour de toi aussi, malheureusement.
J'ai vécu l'ostracisme de certains de mes congénères qui eux se considéraient Musulmans, et j'ai dû me taper avec certains parce que je ne faisais pas le Ramadan. Donc oui, je vois bien ce que c'est que de subir le rejet d'une communauté car on ne cadre pas avec ses valeurs. 

Entre 15 et 20 ans, j'ai vécu mon absence de foi assez tranquillement, et, sortie de ma cité, je me suis joyeusement assise sur mes origines, dans le sens où elles ne signifiaient pas grand-chose pour moi. Mes parents m'avaient donné, exprès ou pas, toutes les cartes pour que je puisse viser l'assimilation parfaite (nom à consonance plutôt européenne, peau blanche, traits pas trop typés reubeu), ce qui m'a permis de ne pas me faire niquer au niveau de l'orientation scolaire, du choix de ma fac, de l'attitude des profs. 

En revanche, je me suis pris de manière plus ou moins directe toutes les considérations des petits Français (et vu la nature des considérations, j'insiste sur l'épithète) ; du racisme envers les personnes hors norme, envers les étudiants étrangers et leur accent, envers les étudiants de banlieue, encore plus envers les étudiants arabes ou noirs de banlieue, envers les employées portugaises de la caféteria... Et j'ai commencé à me sentir arabe.

J'ai commencé à me sentir arabe à ce moment-là, quand je me suis aperçue que mes origines feraient toujours le tout que je suis.
Quand la révélation de mes origines (qui encore une fois ne se voient que très peu) changeait le regard des gens sur moi. Quand ils s'étonnaient de la qualité de mon français, de ma position de major de promo ("oui, enfin, quand on maîtrise déjà une langue étrangère, c’est plus simple d'en apprendre une nouvelle" - j'étais en fac de langues, où les cours portent sur l'histoire et la littérature pour l'essentiel) , puis passaient très vite à ce qu'il y a avait de "bien" dans ma culture, à savoir la bouffe, les plages, l'hospitalité, la fête tout ça, dans une posture toute colonialiste, toute chiraquienne.

J'ai continué à me sentir arabe quand dans mon premier job, j'ai apporté des gâteaux pour l'Aïd, ce qui a donné un indice à tous sur mes origines. J'avais l'impression qu'ils avaient résolu une énorme énigme, mes petits columbo en herbe. A partir de ce jour là, dès que je portais une tunique, c'était une fringue ethnique et j'avais droit à deux trois petites blagues à l'avenant. 

Du moment que l'on "sait", c'est comme si on avait "quelque chose" sur toi, un truc honteux que tu ne peux plus cacher, et qu'on te remet dans la gueule dès qu'on a l'occasion.

A un moment, j'en ai eu assez de devoir me défendre d'être ce que j'étais, de chercher à me fondre dans la masse, puisqu'à l'évidence je me retrouverais toujours réduite à cela, à un moment ou à un autre. J'ai arrêté de rire jaune quand on me faisait une réflexion ou une remarque liée à mes origines.

Si encore ces gens étaient réellement curieux, avaient une vraie envie de connaître ce qui te rend différent, ne serait-ce que pour mesurer à quel point la différence est minime. Mais ce n'est pas pour cela que l'on te renvoie systématiquement à tes origines. C'est pour te notifier que ta normalité n'est pas la leur. Que tu n'obtiendras jamais ton pass pour la norme. 

Alors tant qu'à faire, j'ai décidé de lâcher la bombe systématiquement. De faire mes preuves, d'entrer dans des cercles assez blancs, d'entendre les gens se lâcher dans le confort de l'entre soi, puis de manifester ma non-appartenance à cet entre-soi. Oui les mecs, vous venez de passer une heure à faire des vannes "pas méchantes" sur les Bougnoules et les Nègres, sauf que j'en suis. Ah mais oui, mon con, t'as l'air tout dépité, que quelqu'un te mette le nez dans ta merde. Qu'une personne qui a acquis de la crédibilité parce que tu ne pouvais pas la disqualifier d'emblée, qui a fait la démonstration de sa normalité, se révèle être ton inférieur. Souvent, on me reproche de ne pas avoir joué cartes sur table d'entrée, de ne pas être entrée dans le groupe avec un gros badge "JE SUIS ARABE", histoire qu'ils puissent raconter leurs saloperies une fois que j'aurai le dos tourné. Parce qu'ils se sentent honteux d'avoir été pris la main dans le pot de Harissa (n'essayez pas cela chez vous), pas honteux d'avoir été racistes.

Alors oui, je suis devenue Arabe en entrant dans le monde des Blancs. Dans le monde de la connaissance, dans le monde du travail, dans le monde de la politique, dans le monde associatif, là où la normalité est blanche.
Je suis devenue Arabe en voyant que ces gens ne savent pas nous nommer, qu'ils hésitent entre des termes qu'ils ne maîtrisent pas, "minorité visible" "arabos-musulmans" "Musulmans" "de la Méditerrannée", comme s'ils avaient peur de prononcer un gros mot, de laisser suinter le mépris larvé dans un mot mal choisi , mais ne vont quand même pas aller jusqu'à nous demander comment nous nous appelons. 

Je suis devenue Arabe parce que c'est la seule identité que l'on me reconnaît lorsque je suis moi tout entière. 


mardi 17 septembre 2013

La non-mixité, pourquoi c'est nécessaire

Dans mon patelin, on discute en ce moment de l'appropriation par les femmes de l'espace public, ou comment tout le monde doit comprendre que la coexistence avec les hommes n'importe où et à n'importe quelle heure est normale, et doit devenir banale pour tous.

Dans la discussion, j'ai avancé, avec d'autres personnes, que l'appropriation des lieux publics et des espaces communs allait sans doute devoir passer par des espaces non-mixtes  pour les femmes. 

Et là, le couperet : "la non-mixité CAY MAL, c'est la coexistence que l'on cherche".

Bon, non-mixité 101, sortez vos cahiers et vos crayons. Toi, là au fond, va cracher ton chewing gum et enlève ta casquette, j'ai des trucs à te dire.Ce stéréotype du prof inflexible et de l'élève racaillou vous est gracieusement offert. Ne me remerciez pas.

 La non-mixité a toujours existé, puisque les catégories dominantes se sont toujours retrouvées entre elles, sans que l'on appelle un chat un chat. Les non-dominants ne méritant pas de statut, on ne les inclut pas et ce n'est pas un problème.

Des exemples?
- Les clubs style le Cercle de l'Union Interalliée ou Le Siècle, qui sont des cercles regroupant uniquement des puissants - tu regarderas un peu la description qu'ils font sur le site du Siècle, c'est délicieux d'hypocrisie
- Les syndicats de patrons, puissants et blancs
- Les féministes mainstream, avec une majorité blanche et CSP+
- Les clubs de sports, les clubs de supporters, masculins
- Les partis politiques, tellement blancs qu'on essaie d'y injecter des gens de la diversité
- Les CA et direction d'entreprises, les instances décisionnelles diverses, masculines et blanches dans leur majorité
- Les mouvements pour les droits des homosexuels ou des droits des femmes, qui n'incluent pas les transsexuel(le)s.

Bref, j'en oublie, mais tu vois le tableau (sur cette liste, n'hésitez pas à faire des ajouts)

Or, quand, comme dans le cas des partis politiques, on essaie d'injecter de la diversité - ce mot est priceless, non? La diversité, c'est l'autre, c'est pas nous. Nous on est normaux m'voyez - ben ça marche assez peu en fait.

On reproduit très facilement les schémas de domination intégrés par tous. A l'intérieur de tous ces mouvements, si on inclut des la diversité, de la mixité, il y a mécaniquement des schémas d'oppression qui vont se mettre en oeuvre. Les hommes vont tenter de s'imposer aux femmes, les blancs vont tenter de s'imposer aux pas blancs, les pas-trans vont tenter de s'imposer aux trans, les riches vont tenter de s'imposer aux pas riches. Tout ça de manière plus ou moins consciente.

Pour être plus concret, on va dire qu'à un moment ou à un autre, plus les discussions vont avancer, plus tu vas risquer d'atteindre le point "de toute façon j'ai raison, parce que tu n'es qu'[insérer ici toute connerie essentialiste]".

Parce que dans notre société, quelqu'un est toujours "différent" de quelqu'un d'autre, selon un ou plusieurs critères. Et souvent cette différence traduit une infériorité.

Alors, quand les dominés décident de la non-mixité, ça va.

Quand les mecs décident de laisser les gonzesses entre elles pour parler chiffons, maquillage, cuisine, bref que des trucs de gonzesses, c'est cool. Ils se soustraient à des thématiques dont ils se foutent, et c'est considéré comme normal.

Quand le patronat décide de rester entre soi et de balancer ses idées au gouvernement, et que c'est appliqué, c'est normal.

Quand des féministes mainstream décident de combattre l’obscurantisme religieux, sans prendre en compte le point de vue d'une seule personne croyante, c'est normal.

Les personnes concernées, mais non-dominantes sont silenciées, et tout va pour le mieux.

Par contre, quand des femmes créent leur propre association de mécanique, de VTT, de bricolage, créent leur propre journal, ou se constituent en groupe pour réfléchir sur une société inégalitaire, ça ne va plus. Elles sont excluantes, parce qu'elles se mettent à parler de choses importantes ou de choses identifiées comme typiquement masculines, et que c'est anormal que de tels sujets soient abordés sans les dominants.
Ben oui patate, on essaie de renverser un système créé pour les mecs par les mecs, et en plus on va te filer les clés.

Quand les syndicats font passer une loi qui va à l'encontre des recommandations du MEDEF (oui, je sais ça fait longtemps que ce n'est pas arrivé, mais s'il te plaît, faisons un rêve ensemble) , on crie à la dictature communiste. 

Quand des femmes de minorités visibles se constituent en association féministe/antiraciste, de manière à avoir une approche plus intersectionnelle de la question féministe et antiraciste, on les accuse de communautarisme. On se casse le cul à essayer de casser cette dynamique parce qu'elle remet en question tout un schéma de domination, et pas seulement celui que le dominant a choisi de traiter, en mettant opportunément le reste de côté.

Alors, juste pour être claire, la non-mixité, c'est pas des Noirs, des Arabes, des homos ou des femmes qui vont vivre entre eux/elles tout le temps, en autarcie. Encore une fois, c'est le stéréotype qu'on sert pour casser une dynamique dangereuse pour les dominants.

La non-mixité, c'est trouver des espaces non-oppressifs sur un ou plusieurs critères, à un moment, pour pouvoir discuter de comment défendre ses intérêts propres dans un monde plus large. C'est apprendre à prendre sa place et la parole dans un groupe où on est en sécurité, prendre de l'assurance pour ENSUITE pouvoir faire la même chose dans un espace oppressif sur plusieurs plans et se mélanger aux autres en ayant conscience de sa valeur et de ses droits.

Alors, oui, la non-mixité comme instrument de perpétuation des oppressions CAY MAL. Mais comme outil de prise en main de chacun(e), c’est salutaire.

jeudi 12 septembre 2013

La charte de la laïcité - le deuxième effet Kiss Cool

Le problème de cette charte, c'est le timing. Elle a été initiée après des années de montée de l'hostilité envers les Musulmans, marquées par les lois de 2004 et 2009, le débat sur l'Identité Nationale, le HCI bref, tout un arsenal de mesures et d'institutions qui ont contribué à faire croire que l'expression religieuse était un problème, et par extension les religions elle-mêmes, et notamment la religion musulmane qui est visible, puisqu'elle est pratiquée par des gens dont on est en droit de douter de la réelle adhésion aux valeurs de la France. (traduction: ils ont déjà l'air un peu pas de chez nous ces gens-là, et en plus certains osent en remettre une couche en ne se cachant pas).

Par conséquent, elle est lue comme une volonté de Peillon de réaffirmer les principes de 1905, version rediff pour les Musulmans qui étaient absents, tu comprends, ils étaient au hammam cette année là, on peut pas être partout. Puisqu'ils demandent TOUS le hallal, le port du voile à l'école, l'annulation des cours de SVT parlant de reproduction, et la non-participation des filles dans les cours de sport, on va leur montrer ce que c'est que la vraie tolérance.

Comme l'a dit Valérie sur son blog, on refuse aux Musulmans le bénéfice du doute, le droit de se démarquer des minorités extrémistes, on les met tous dans le même sac, et on leur prête plus d'intentions qu'ils n'en ont réellement. C'est ce que Marwan Mohammed appelle le continuum Maghrébin-> Musulman-> Extrêmiste-> Islamiste- Terroriste.

Or, depuis plusieurs années, le principe même de laïcité a connu un glissement dans son sens premier.
Un glissement à forts relents nationalistes, avec la réappropriation d'un principe plutôt cool pour servir des thèses beaucoup moins louables. D'ailleurs Nacira Guénif-Souilamas fait une belle mise au point à ce sujet  : "La laïcité n'est pas une valeur" française, c'est un principe d'organisation de la société. Ce principe est la coexistence, que l'on a opportunément remplacée par l'invisibilisation. Toutes les religions peuvent coexister à condition qu'elles ne se voient pas de manière ostentatoire. Ah mais dis donc, c'est quoi, ostentatoire? C'est quoi, le prosélytisme?

Voilà, il est là le problème.
Les notions qui portent la laïcité ont fait l'objet d'une redéfinition par les artisans des différentes lois, combinant allègrement les questions religieuses aux questions sociétales, pour mieux montrer l’incompatibilité supposée des textes musulmans et/ou de la pratique religieuse musulmane avec les grands principes du droit français, genre l'égalité hommes-femmes, pour ne citer qu'un principe pas du tout respecté en France, mais on va dire que si.

Et ça ne choque personne. Par contre, quand les Musulmans essaient de t'expliquer comment le racisme et l'islamophobie sont intimement liés, comment cela se traduit dans leur vie quotidienne à l'intérieur de la société française, on leur rétorque "ah mais non non monsieur vous mélangez tout, nous ne sommes pas racistes du tout du tout dans nos considérations. C'est juste votre religion qui est arriérée et par conséquent votre civilisation, mais c'est pas contre vous, hein."

Donc, cette charte n'apporte rien, si ce n'est pour certains laïcards nationalistes une arme pour se convaincre et convaincre les autres du bien-fondé de leur croisade anti-musulmane.

Parce qu'elle ne définit rien que des principes, mais laisse encore une fois les personnes en charge de l'appliquer définir le sens des mots.

Il faut savoir que la déformation du sens des mots est une arme.

Le prosélytisme, aujourd'hui, ce serait de se balader avec un foulard sur les cheveux. Ce serait mettre ta religion sous le nez des gens sans leur consentement. Parce que tu ne te contentes pas de faire ton marché ou d'aller d'un point A à un point B, non. Tu as un agenda caché de conversion massive.

Ostentatoire. Ca veut dire que la manière dont tu te fringues est un acte politique, un acte de défi envers les institutions. Sauf que la notion d'ostentatoire n'est pas une notion objective. C'est pourquoi une école va trouver que tes cheveux verts sont ostentatoires. Tes ongles noirs. Ta jupe courte.


Cette charte laisse encore la porte ouverte à l'arbitraire.
Elle enfonce le clou là où c'était inapproprié de le faire, à un moment fort malvenu.

Guettons donc un regain de zèle dans l''humiliation de gamines et de daronnes dans les établissements scolaires, et des personnes "d'apparence musulmane" dans l'ensemble de l'espace public.

Merci Monsieur Peillon.



mercredi 11 septembre 2013

ZSP, de l'humiliation

Je me souviens du 16 mars 2011.
L'annonce du couvre feu pour les mineurs.

Il y a avait eu une série de bagarres entre quartiers de deux villes limitrophes, et un môme en était mort.

Je me souviens d'un soir où je rentrais du boulot. Sortie du métro, des CRS partout.
Un hélicoptère survolait le quartier, je ne sais pas trop à la recherche de quoi. Il passait son projecteur sur la rue, je me souviens du bruit assourdissant, des talkie walkies qui crachaient partout, encore des CRS avec leurs combinaisons et  leurs regards tendus. Ils n'étaient pas contents d'être là, mais alors pas du tout. On avait dû leur dire que notre ville était une ville de sauvages, où on se surine à tour de bras.


Je passe tous les jours par la Zone de Sécurité Prioritaire. J'ai peur des CRS. Je ne sais jamais, quand j'en croise - et c'est souvent -pourquoi ils sont là, ce jour-là à la sortie du métro, et pas un autre jour. Je ne sais jamais si l'un d'entre eux ne va pas décider de me parler, comme à une merde, comme j'en ai déjà vu parler à d'autres, et j'ai peur de ne pas lui répondre ce qu'il faut. Je sais, c'est con, mais c'est là, cette chair de poule qui ressemble à une grosse envie de chier.

Et encore moi je rentre chez moi, pas en ZSP, donc les CRS, je ne vois leur gueule que le temps de traverser le quartier.


Donc le couvre feu. Circonscrit aux quartiers incriminés dans les affrontements. Une réponse policière, qui pénalise tous les gamins de ces quartiers, même ceux qui n'ont rien à voir avec la choucroute, et est censée responsabiliser les parents. Parce que les parents de ces quartiers ont besoin d'être responsabilisés, tu vois, éduqués.Ils ne sont pas du tout du tout victime d'un Etat qui les laisse dans leur merde et leurs emplois précaires en horaires décalés, face à des gamins à qui on n'offre aucun avenir.

Tiens, parlons-en d'ailleurs, de l'infantilisation la responsabilisation des habitants de ces quartiers.
Fin 2011, plusieurs agressions ont eu lieu sur des lignes de bus dans le coin : caillassage, tentative d'incendie. La solution trouvée par les pouvoirs publics à été de pratiquer une déviation pour éviter de traverser une cité. Outre que personne n'est en mesure de dire que ce sont des gens de cette cité-là qui sont responsables, cette solution n'est qu'une humiliation de plus. Tu sais, comme quand tu étais à l'école, et que tu te prenais une punition générale parce que l'autre con de Da Silva, là derrière, avait lancé une boulette sur le prof. Tu te souviens de l'injustice que tu as ressentie? Oui? Tu t'es senti responsable de Da Silva? Non, hein.

Sauf que là, des centaines de personnes le prenaient, ce bus. Pour aller taffer. Ca leur évitait 10 minutes de marche pour sortir du quartier. Parce que dans le quartier, tout le monde n'a pas les moyens d'avoir une caisse, et tout le monde n'a pas le permis de conduire.  Et on leur jette à la gueule que c'est à eux de maîtriser leurs enfants, et que pas de bras pas de chocolat.

Ils sont co-responsables de tout ce qui se passe dans leur quartier. Et la ville entière est co-responsables de ce qui se passe dans un quartier.
Des mecs, perchés là haut, dans leur institution, dans leur Ministère, à Paris, où tu ne dépends pas d'une ligne de bus ou d'UNE station de métro, décident que tu vas payer pour le délit ou le crime commis par un autre.

Pendant 15 jours, on m'a regardée avec sollicitude au bureau. "Mais, ça va, c'est pas trop chaud chez toi?" "Ma ville ne fait pas 10 m², ce n'est pas dans mon quartier que ça s'est passé" "Ouais mais quand même, c'est chaud, non la ville?" Parisiens, ils ne comprennent pas que c'est comme si je leur demandait de s'inquiéter d'une fusillade à Château Rouge, alors qu'ils habitent le 15ème. Les banlieusards, tous solidaires, tous concernés, tous dans la merde.

Et ces gens, qui marchaient, sous la pluie, pour rejoindre le métro. La petite vieille, qui va faire ses courses à pied, parce que la navette municipale part de la Mairie, qui est plus loin que le supermarché. La daronne avec ses gosses et sa poussette. Le gars qui part travailler à 5 heures du mat, et qui doit partir plus tôt parce que le bus ne passe plus.

Et la BAC qui circule, doucement, dans les allées de la cité. Des mecs à qui on avait promis qu'ils allaient serrer du dealer, et qui se retrouvent à sillonner les rues dans leur bagnole histoire de te montrer qu'ils te voient, comme Dieu te voit même quand tu es aux toilettes. Et qui contrôlent, un peu, beaucoup, en fonction de leur niveau d'ennui.

La banlieue, ce territoire inconnu qui terrifie ceux qui n'y vivent pas, qui les terrifie tellement qu'ils pensent que l'humiliation est la meilleure des armes pour la contenir.

Attention. Attention.











mardi 27 août 2013

Jipé

Ce post a été inspiré par les derniers tweets de https://twitter.com/the_Economiss (au passage, suivez-la, c'est bien intéressant)

Appelons-le Jipé.

Jipé, c'est le gars dont on t'a dit, quand tu es arrivé(e) dans l'entreprise : "Il est sympa, mais parfois il dit des trucs un peu limite", "S'il va un peu trop loin, ignore-le". Quelques personnes t'ont dit : "c'est un connard, méfie-toi", mais ils n'étaient pas beaucoup.

Jipé, c'est effectivement un connard. Jipé est un connard, et faut pas le pousser beaucoup pour qu'il prenne sa casquette de faf-connard.

Jipé, il a un avis négatif sur toust les assistés ce qui n'est pas lui : les femmes, les étrangers, les pas-blancs, les pauvres et les chômeurs, les fonctionnaires, les homos, ses voisins, son gardien, son facteur. Parfois il fait des combinaisons : son voisin est une femme, et/ou pas blanc(he) et/ou au chômage, et là c'est le méga-combo.

C'est le gars qui arrose les boîtes mail de messages style : "les vrais chiffres de l'assistanat" ou "la lettre ouverte de Bouvard à François Hollande" ou "Vidéo à voir !! le grand remplacement".

C'est le gars qui lance des pièces de monnaie dans le décolleté des salariées. 

C'est le gars qui imite ton accent réel ou supposé.

C'est le gars qui fait des vannes au stagiaire sur son supposé rôle d'esclave sexuel. 

C'est le gars qui trouve que dans certains quartiers en France, on n'est vraiment plus chez nous.

C'est le gars qui se colle un post-it sur la bite et demande au stagiaire de venir le chercher.

C'est le gars qui traite les Noirs de Noirs et les femmes de femmes.

C'est le gars qui a de l'humour, alors que toi t'es coincé(e) parce que tu te marres pas à ses blagues.

C'est le gars qui se moque de ton handicap. Mais comme il a encore un peu conscience de certaines normes sociales, plus ton handicap sera remarquable, plus il attendra que tu ne sois pas là pour se foutre de ta gueule.

Au déjeuner ou au café, Jipé déverse sa bile. Et je ne sais pas si tu t'es déjà retrouvé(e) dans la position de celui ou celle qui hallucine, parce que personne de bronche devant de telles énormités, devant un tel torrent de merde sortant d'une bouche d'égoût.

Dans la plupart des cas, personne ne lui ferme son grand claque-merde. Y a ceux qui rient jaune, ceux qui engloutissent puis regardent le plafond en attendant que ça se passe, ceux qui engloutissent puis se cassent. Ses cibles sont souvent mortifiées, mais la ferment aussi. Ou elles finissent par ne plus manger avec le groupe, à cause de la présence de Jipé.

Si tu en vois certains rire à gorge déployée et renchérir, c'est que tu as trouvé un nid de Jipés. Statistiquement c'est rare, t'as vraiment pas de chance.

J'ai décelé trois grandes raisons qui font que Jipé, il peut dire ce qu'il veut, personne la ramène : 

- Le mimétisme
Tu fais comme tout le monde, sinon on te dit que tu chies une pendule pour des conneries, de toute façon Jipé il est comme ça, on va pas le changer, puis tu viens d'arriver et tu vas foutre ta merde? Jipé il fait partie de la team depuis plus longtemps que toi, c'est comme ça, et on fait avec. Et oui, parfois, la solidarité, elle pue du cul.

- La lassitude
Il y a des personnes qui sont sincèrement révoltées par Jipé. Elles se sont un peu manifestées au début, mais pas beaucoup pour la raison évoquée ci-dessus. En outre, la plupart des gens font preuve de bienséance, et ne viennent pas étaler leurs convictions au taf. Pour d'autres, le débat politique se pratique entre amis, et elles n'ont pas forcément envie de prêcher pour les blaireaux avec lesquels leur seul point commun est de marcher sur la même moquette 8 heures par jour.

- La peur
Jipé, c'est un connard, et parfois il est rancunier. Tu n'as pas envie d'être sa prochaine victime, aussi tu t'écrases. Tu l'as déjà vu insulter Machine, faire courir des rumeurs sur Bidule. Tu l'as déjà vu prendre en grippe et harceler un(e) collègue et tu n'as pas envie de t'infliger ça, chacun sa merde.

Ben oui, c'est une teigne, Jipé. Il emmerde tout le monde, y compris les RH. 
Si tu as le malheur d'aller te plaindre, on te demandera d'être plus tolérant et moins émotif(ve). On te dira qu'il a toujours été comme ça, et que tu dois prendre sur toi. 

Parce que les RH, leur job ce n'est pas toujours de garantir le respect de chacun(e). 
C'est de juguler la merde le plus possible. 

Une plainte en interne pour harcèlement ou propos racistes?
Ca signifie une enquête interne qui prend du temps, et qui déstabilise une organisation. Pas le temps ni les moyens d'assumer un tel chambard juste pour Jipé. Puis Jipé, il fait flipper la RRH. Elle n'aime pas la manière qu'il a de lui mater les nichons, aussi elle préfère éviter de l'avoir dans son bureau.

On te promettra de gentiment lui rappeler de se tenir, sans citer ton nom. 

Et Jipé, comme personne ne décide d'en faire un combat, il est tranquille. 
C'est pervers. D'un côté, tu pourrais rendre la vie de tout le monde, y compris la tienne, tellement meilleure. Mais ça te coûterait tellement en temps, en énergie, en santé psychologique que tu ne te lances pas même si le mec te file la gerbe. Puis faire de Jipé le centre de ta vie, ce serait lui donner trop d'importance. Tu ravales donc le vomi dans ta bouche. Comme tout le monde, tu vas faire comme si Jipé était juste un peu nuisible, mais pas assez important pour s'en occuper.

Puis le temps aidant, tu t'habitueras, et finalement tu partiras sans avoir rien fait.

Pendant ce temps, Jipé, lui, continuera à semer ses idées nauséabondes dans l'entreprise, avec peu de contradicteurs en face. 
Or, plus on te répète une idée, plus tu y deviens perméable. 

Il y a quinze ans, c'était "Jipé, c'est un gros enfoiré de nazi"
Il y a dix ans, c'était "Jipé, il est limite avec ses conneries"
Il y a cinq ans c'était "Jipé, il est un peu limite, mais bon il est comme ça"
Aujourd'hui c'est "Jipé, il est parfois un peu limite, mais faut dire que mine de rien, souvent, il vise juste"


Jipé c'est l'eau bouillante, et nous sommes les grenouilles.



vendredi 26 juillet 2013

Tracasseries administratives - le bouzouf c'est pas pour les meufs

J'ai relu mes derniers posts, et je me suis aperçu que j'étais moyen jouasse en ce moment. 
Aussi, pour ton plaisir à toi lecteur, un petit billet rafraîchissant, sans bougnoulerie. 

Ouais bon un peu quand même, question de mise en contexte, mais promis on parle de trucs légers, parce qu'on parle de problèmes de gonzessitude.

Alors alors.

Avec ma tante et quelques uns de mes cousins du bled, on avait pour projet de préparer l'invasion de la France par les barbares de Boumerdès d'aller au mariage d'une cousine d'ici.

Pour ce faire, il leur fallait un visa, à mes cousins et à ma tante. Et pour obtenir un visa, il leur fallait un certificat d'hébergement. Bon ça s'appelle plus comme ça, maintenant c'est attestation d'accueil (Cultive toi). V'là le principe. Toi, résident en France, tu dois justifier de tes ressources en surface habitable et en revenus pour pouvoir accueillir un étranger (je te la fais courte y a des exceptions). et cette démarche te coûte la modique somme de 30€ par personne hébergée. J'ai plein de trucs à dire là-dessus, mais c'est pas le sujet qui nous occupe.

Donc, je vais à la Mairie pour déclarer que je souhaite héberger des gens. J'ai tout mes papiers et ceux des candidats à l'hébergement (justifs de domicile et d'identité, fiches de salaires du couple etc.) 

Le mec de la mairie me demande les fiches de salaire de Monsieur (tu sens venir le truc là?). Je les lui donne, puis une fois qu'il a rentré les données de salaires dans son ordi, il me dit "ah c'est pas loin mais pour 3  personnes ça va pas le faire." 
Alors je lui dis que j'ai apporté les miennes aussi, et il me précise qu'il prend le salaire le plus élevé en premier et qu'ensuite il voit si on fait le complément avec l'autre.

"OUAIS BEN T'AS TOUT FAUX CONNARD. Tu m'as pas demandé le salaire le plus élevé, tu m'as demandé les fiches de paie de Monsieur."

Non je lui ai pas dit ça, j'avais besoin de mes papiers moi. 

Je lui ai fait remarquer très poliment que s'il m'avait demandé le salaire le plus élevé, je lui aurais donné mes fiches de paie. Et que s'il n'avait pas présumé que mon salaire était moins élevé que celui de mon mec, juste parce que je me radine avec mon gros vagin, il aurait gagné du temps, parce qu'avec mon salaire, ça passait, l'hébergement de 3 personnes.

Le gars me répond en langage administratif  "toute façon c'est pas grave, tu vas pas me chier une pendule non plus". Puis en fait, il s'aperçoit qu'il doit refaire tout le bordel de rentrer des salaires dans sa bécane pourrie avec le logiciel administratif développé avec le cul, et ça le gonfle. Du coup, tout le reste de la conversation a été super tendue. 

Surtout au moment où il me demande où je bosse pour gagner un tel salaire ("je gagne pas ça moi" -> ben oui on fait pas le même métier) , et que c'est bien pour une Maghrébine (commentaire d'un Maghrébin - je crois- à une Maghrébine, où tu sens le racisme intériorisé) -  (et oui parce que tu donnes aussi le lien de parenté que tu as avec les hébergés). Bon là j'ai encore fermé ma grande gueule parce que j'avais besoin que mes papiers soient signés vite et qu'ils ne se perdent pas derrière une armoire.

Donc à "tu vas pas nous chier une pendule" je réponds que si, je chie une pendule. Une énorme avec le meuble en bois tout autour, parce que ça c'est une fois, et c'est tellement énorme que je prends le temps de te le raconter.

Mais c'est aussi tout le temps, quand on te regarde de travers au resto parce que tu paies le repas alors que ton mec est là, qu'on demande à ton mec combien il a payé votre appart alors que tu es là aussi, qu'on demande à ton mec si tu vas arrêter de travailler maintenant que tu as des mômes alors que tu es là aussi.

Parce que l'argent, c'est pas une affaire de meufs.


mardi 25 juin 2013

Aux ministres de (tous) les Francais

Huit jours. Il leur a fallu huit jours pour exprimer publiquement, du bout des lèvres, ce qui devrait tomber sous le sens. Quelque chose qui est une évidence, mais qui étrangement, dans les cas qui nous préoccupent, semble soudain sujet à précaution.

Pendant huit jours, j'ai attendu sur les réseaux sociaux, dans les journaux que j'ose encore croire de notre côté, qu'ils prononcent ces quelques mots,qui sont le B.A-BA de la communication politique  : "si ces faits étaient avérés, sachez que nous les condamnons sans réserve. Il est inadmissible et illégal d'agresser une personne gratuitement de la sorte".

Cela n'aurait pas mangé de pain, et ils ne se seraient pas exprimé en contradiction avec les positions qu'ils ont exposées vis à vis du voile.

Ah mais attendez. 

J'ai dit "gratuitement"? Pardonnez-moi. Il semble que nous ne soyons pas d'accord sur ce terme. Personne pour dire que l'on n'agresse pas quelqu'un physiquement pour ses idées ou sa tenue vestimentaire. Que les femmes étaient dans la légalité, puisqu'elles ne portaient pas le voile intégral. 
Et même dans le cas où elles l'auraient porté, faire respecter la loi soi-même à coups de tatane n'est absolument pas autorisé. 

Personne pour affirmer que la violence contre ces personnes n'est pas justifiée.  Pendant ce temps, pas de mise au clair des faits par l'Intérieur, laissant la place aux fantasmes qui font salement penser à ce qu'on entend sur les femmes violées. Elles ont certainement un peu cherché à se faire taper sur le coin de la gueule ces femmes. Si elles voulaient être en sécurité, elles n'avaient qu'à se rende invisibles, à se dévoiler.

Est-ce cette société que nous voulons? Une société où des femmes n'osent plus sortir de chez elles? A l'argument-bateau des femmes qui ne peuvent sortir en mini-jupe sans se faire taper par des barbus, je réponds que oui, il y a une violence globale contre les femmes, et que se venger de la violence faites aux unes en terrorisant les autres relève du même mécanisme d'instrumentalisation des femmes pour asseoir sa supériorité. Après que cela passe par la religion ou par l'Etat, c'est kif kif bourricot.

Chaque minute sans réaction de la Ministre déléguée au droit des femmes, a renforcé les gens déjà disposés à le croire dans l'opinion que les femmes voilées ne sont pas des femmes dignes d'etre défendues.

Chaque minute sans réaction du Ministre de l'intérieur et du culte, a conforté dans leur sentiment d'impunité des personnes déjà disposées à en agresser d'autres en raison de leur appartenance à une communauté. Et, circonstance aggravant, les dernières paroles prononcées par M. Valls sur le sujet n'étaient absolument pas de paroles d'apaisement, bien au contraire.

Depuis des mois, le champ laissé libre par ceux qui devraient être du côté des discriminés est occupé par des amalgames orduriers, des injures à toute une frange de la population, la description de barrières soi-disant poreuses entre l'intégrisme, la simple foi et la bougnoulitude, qui sont devenues tellement banales que toute tentative de les déconstruire est interprétée comme une volonté de faire entrer notre pays dans une ère répressive, barbue et bâchée de préférence.

Leur peur de se positionner devient notre peur de mourir. 

Quand les témoignages décrivent des propos tels que "Sale Arabe" ou "Sale Musulmane", comment voulez-vous que les personnes issues de ces communautés ne se sentent pas visées? 

Notre présence sur le territoire français serait-elle illégale? Devrions-nous nous justifier de trimballer nos gueules de métèques dans la rue?

Sommes-nous des citoyens de seconde zone? Notre condition de "visibles" nous condamne-t-elle à apporter la charge de la preuve, à être interrogés comme des criminels alors que nous sommes victimes?

Leur hésitation à qualifier ces actes comme des agressions contre des personnes en raison de leur appartenance ethnique et/ou religieuse nous démontre que nous ne sommes pas protégés. Nous sommes à la merci de l'arbitraire, du faf qui décide de sortir casser du bicot et du nègre, sans personne pour affirmer que nous méritons d'échapper à ce sort, comme tout un chacun. 

La déception, la colère et la peur ne font pas bon ménage. Nous ne souhaitons pas nous organiser pour nous défendre, parce que la France met à la disposition de ses habitants, semble-t-il, des personnels et des institutions pour cela. Y avons-nous réellement accès? Ou notre appartenance à la société française n'est-elle qu'une illusion?

À force de ne pas s'opposer de façon ferme à des propos extrêmes, ne serait-ce que pour tempérer les ardeurs des uns et des autres, les garde-fous sont tombés et la radicalisation a pris le pas. Dans un vieux relent colonial, politiques comme media ont commodément oublié que la parole des "pas de souche" existe, et participe à l'étouffer, au lieu de lui faire une place dans le paysage.

Nous sommes dans la position où nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. En parlant, en interpelant, en tant que Français pour certains, en tant qu'habitant d'un pays pour tous. Nous voulons être écoutés, et montrer que nous avons notre place dans notre pays. Pour cela, nous ne pouvons accepter de prendre celle que l'on nous assigne. La France est un pays de libertés paraît-il. Une liberté définie par les personnes au pouvoir, et qui étrangement n'est que la traduction de leur mode de vie de dominant.

Nous ne pouvons pas accepter que notre humanité soit conditionnée par notre capacité à courber l'échine. Nous avons des droits, et certains d'entre nous les feront valoir tant qu'ils existeront. Et si ces droits venaient à être réduits, alors il ne nous resterait plus qu'à constater le basculement du pays dans la répression, rampante depuis des années déjà. 

Et lutter encore plus fort.

mercredi 29 mai 2013

Attends un peu avant d'me dire que tu voudrais (pas) des p'tits bébés

J'invoque Jean Leloup (ce blog est bon pour ton karma musical) en ce jour, pour parler des femmes qui choisissent de ne pas ou plus avoir d'enfants. 

Lors de ma visite post accouchement pour le petit dernier, le médecin avec qui j'avais rendez-vous était parti accoucher une femme en urgence. Autant te dire que j'ai eu le temps de discuter avec ma voisine. 

Elle m'a expliqué qu'elle avait demandé au médecin sus-cité de profiter de sa césarienne pour lui ligaturer les trompes, histoire de pas passer sur le billard deux fois. Le mec lui a dit non la première fois, et elle a dû négocier sec pendant toute sa grossesse pour qu'il le fasse finalement. Il lui a sorti tous les arguments "mais vous êtes sure? Et si votre mari meurt? Et si vous divorcez? et si votre enfant meurt? et si y a une attaque de grenouilles et qu'il vous prenait la folle envie de vous reproduire avec l'une d'entre elle?"

Bref, la nana, elle en avait marre. Ce qui m'a scié, c'est que le médecin lui prenait la tête alors qu'elle en était à son sixième gosse, et qu'elle ne prenait pas de contraception. Du coup, elle a décidé à 43 ans que six mômes c'était bien assez, et que zip zip, on ferme la boutique trankilou discrétos, on dit rien à personne. 

Ben non, on l'a quand même fait chier pour bien vérifier que son chromosome X n'avait pas trop endommagé sa capacité de réflexion. Elle a dû négocier la mise en oeuvre technique de la décision qui n'appartient qu'à elle. Négocier, putain, son droit à ne plus procréer.

Et là je te parle d'un cas où même si je prends les questions débiles du gars plus haut, j'ai envie de dire qu'elle a toutes les bonnes raisons de le faire. Parce qu'il est peu probable que tous ses enfants meurent en même temps (puis bon, tu noteras que les enfants, ça se remplace TROP LA CLASSE). Puis même si ses gosses crèvent tous en même temps bouffés par leur nouveau beau-père la grenouille, à 43 ans, elle pourrait difficilement, de son propre aveu et finalement de celui de son médecin, remettre le couvert. 

Mais le plus important, que l'on ne prend que très peu en compte, c'est qu'elle ne veut plus. ELLE NE VEUT PLUS. ELLE.

Alors je te parle pas des autres. Celles qui n'ont pas le cumul des bonnes raisons. Qui n'ont pas assez de mômes de rechange, quand elles n'en ont pas du tout. Qui sont trop jeunes et à qui on renvoie toujours l'horloge biologique en pleine gueule. A qui on dit que peut-être à 45 ans elles auront envie, et là elles seront bien attrapées. Que la pression familiale, et particulièrement la pression de la tante relou, tu sais celle avec le poireau avec un poil dedans, qui leur rappelle régulièrement leur date de péremption, va forcément avoir raison d'elles.

Nous ne pouvons pas nous déterminer en tant qu'individus. Nous devons nous déterminer en fonction de l'autre, qui ne pourrait supporter de partager sa vie avec une personne inféconde (effectivement, je pense qu'avoir des enfants ou pas peut être une question fondamentale pour la construction d'un couple, mais j'ai du mal avec la notion selon laquelle tu pourrais faire des enfants pour faire plaisir à l'autre, ou pour entrer dans son schéma si tu ne le partages pas). En fonction de la société, qui dévalorise les femmes, mais qui valorise les mères qui le sont forcément devenues avec le concours d'un homme. Mais tu ne leur DOIS pas d'enfants à tous ces gens là.

Tu as le droit de décider, seule, si tu veux ou pas des enfants.On te nie le droit de prendre une décision qui impactera ton propre corps, et ton propre avenir. Et si tu le regrettais? Même les femmes ont le droit de prendre le risque de regretter plus tard. Et d'agir en conséquence, ou se faire une raison. On ne nous prête pas la capacité d'avoir pesé le pour et le contre, et d'avoir mûrement réfléchi aux conséquences de cet acte, et d'avoir jugé le bénéfice plus grand que le risque. On ne prend pas non plus en compte le bénéfice de ne pas avoir d'enfant. C'est forcément triste et incomplet, une femme sans enfant. 

Bon bref tout ça pour dire que nous ne pouvons pas redevenir mineures dès que nous franchissons la porte du cabinet médical. Nous devons être intransigeantes sur nos droits, et ne pas avoir peur de les faire valoir. Même le cul à l'air sur la table d'examen.


mercredi 15 mai 2013

Le choix et l'impact

Faire un enfant, quand on est en couple, c'est en principe un choix à faire à deux.

Parce qu'un enfant, une fois pondu, ça prend du temps des deux personnes qui constituent le couple, c'est une éducation concertée, c'est une implication qui devrait (bon ensuite on s'aperçoit que dans la pratique c'est pas toujours le cas) être partagée. 

En revanche, même une fois que l'on est d'accord sur le principe, il y a la question du quand. Même quand tu veux des enfants, il y a des moments où TOI tu n'es pas prête

Tu n'as juste pas envie, là, maintenant. 

Je me souviens que M. Hamster m'a dit cette phrase, deux fois : "Moi je suis prêt. Maintenant, c'est quand tu veux". On en a souvent discuté, et je suis heureuse d'avoir un mec qui a cette humilité de se dire, de me dire, que oui, l'impact de notre choix commun sera forcément plus fort pour moi. Que nous ne réfléchissons pas sur la base des mêmes paramètres. 

Que pour une femme qui va porter un enfant, la grossesse, qui te prend un an de ta vie, ben c'est déjà un an de ta vie. Un an à gerber, avoir mal au ventre, avoir des contractions, être essoufflée, à grossir ou maigrir de manière inconsidérée, à te faire regarder juger et palper par tout un tas de gens, médecins, sage-femmes ou petites vieilles qui veulent te tripoter le bide, à saigner pas saigner, à être jugée parce que tu fumes/bois/mange des huîtres. Bref un an de ta vie où ton corps ne t'appartient plus, où toutes tes actions vont être jugées à l'aune de leur possible effet sur cet être en devenir que tu as dans le ventre. Pendant un an, tu ne dois plus rien faire pour toi.

Ensuite c'est l'annonce à ton patron, la peur de la réaction, ta date de départ qu'on te redemande douze mille fois, et à laquelle on rajoute systématiquement les 15 jours de congés patho, avec le sous-entendu que t'es qu'une pauvre feignasse qui se sert de son utérus plein pour gratter des jours. C'est les questions intimes sur l'allaitement, sur lequel tout le monde a un avis, sur le prénom, sur lequel tout le monde a un avis, sur le régime alimentaire, sur lequel tout le monde a un avis, sur le sexe du gamin, sur lequel tout le monde a un avis.

Puis ensuite c'est le congé maternité, la coupure sociale, où t'es seule chez toi avec ton gros bide et tes séries télé si t'as pas de chance comme moi, ou si de toute façon même en pleine forme, ton entourage n'est pas là, occupé dans ce monde dont tu es exclue temporairement. Tu culpabilises parce que t'es chez toi, mais t'as pas la force/le droit de faire le ménage, et même avec quelqu'un de compréhensif, t'as toujours le moment "ah... la lessive n'est pas faite?" Parce que t'aurais été en congé, mais pas enceinte, ben tu l'aurais certainement faite la lessive, comme ton/ta conjointe l'aurais faite s'il/elle avait été en congé. Sauf que là t'es en congés parce que t'es en cloque. Tu n'as pas envie qu'on te considère comme malade, mais t'es quand même un peu diminuée, et ça te fait chier parce que tu refiles toutes les tâches à l'autre.

Vient l'accouchement, la douleur avant la péridurale, la douleur pendant la péridurale, la douleur après la péridurale, la douleur sans la péridurale, la déchirure de la chatte ou l'épisiotomie, le médecin ou la sage-femme pour qui tu n'es qu'un numéro, qui te dit que tu es une petite nature parce que tu hurles de douleur quand on te fait un toucher vaginal pour vérifier l'ouverture du col. Y a la poussée où tu sors un truc de la taille d'une pastèque de ton vagin, avec les médecins ou les sages-femmes qui te coachent comme si tu faisais de l'haltérophilie, et ton/ta conjointe, qui te tient la main, mais qui ne sait pas où se foutre, parce qu'on l'a mis(e) là, qu'il/elle n'a pas été pris(e) en compte dans tout ça par le personnel soignant. T'es sur la table, là, en train de chialer ta mère, mais t'es quand même en train de le/la rassurer, de lui trouver une place dans cet événement, pour qu'il /elle le vive un peu, que vous puissiez en parler ensuite, alors que t'as juste envie de sortir ce truc qui n'en finit pas de s'accrocher là dedans. 

T'as la peur de la césarienne, seule dans cette salle d'opération où tout un tas de gens te regardent les ovaires alors que tu es consciente, et qui t'arrachent ton môme du bide pour te le donner 3 minutes, le temps de lui faire un bisou et de l'emporter pour quelques heures. T'as la douleur après la césarienne, une fois que l’anesthésie a fini de faire effet et que tu as besoin qu'on t'aide à te lever pour aller pisser. T'as cette sensation de déchirure en bas du ventre la première fois que tu te lèves, et ensuite tu te retiens de pisser pour pas avoir à la ressentir encore. T'as le choc quand tu te décides à regarder la plaie refermée par des fils et des agraphes, et la peur que ça se rouvre quand on t'enlèvera les fils dans une semaine. 

T'as l'hémorragie qui dure des jours, à remplir des serviettes hygiéniques énormes de sang et de caillots, que tu savais pas que tu avais tout ça dans le ventre.

T'as le regard condescendant du personnel soignant qui comprend pas que l'anesthésie t'as filé une constipation qui te déchire le cul à chaque fois que tu y vas, et que la peur de pousser, ben, elle t'empêche de pousser quoi. 

T'as la solitude dans ta chambre avec ton bébé qui se réveille toutes les trois heures en chialant, alors que tu voudrais juste dormir après avoir accouché six heures avant. T'as le regard réprobateur des puéricultrices quand tu décides de le leur refiler pour une nuit (23h-6h, faut pas déconner non plus) histoire de reprendre des forces.

T'as l'incompréhension quand tu refuses le photographe de l'hôpital, parce que t'en as rien à foutre d'être prise en photo dans ton peignoir avec ta gueule de déterrée, que même ton bébé tout mignon il te rendra pas belle, mais que ça ferait tellement plaisir à l'entourage.

Puis y a le retour à la maison, le défilé pour voir le chiard, les conseils qui te sont adressés à TOI sur comment le faire manger/coucher/laver/lui donner une tétine ou pas. La prise de conscience que s'il y a un problème, ce sera TOI la responsable dans les yeux des gens qui t'entourent. Il y a les questions pour savoir si tu vas reprendre le boulot, ce qui te semblait une évidence, et qui ne l'est pas pour les autres. Il y a les questions pour savoir si tu vas prendre un congé parental, ce qui te semblait une évidence, et qui ne l'est pas pour les autres. Quel que soit ton choix, tu te sens jugée.

Puis ensuite c'est le congé maternité, la coupure sociale, où t'es seule chez toi avec ton gros bide bébé et les séries télé si t'as pas de chance comme moi qui ai accouché en hiver, ou si de toute façon même en plein été, ton entourage n'est pas là, occupé dans ce monde dont tu es exclue temporairement. Avec ton bébé à changer et nourrir toutes les quatre heures, qui t'empêche d'avoir une activité continue de plus de trois heures.

Puis y a le retour au boulot, la peur de se faire subrepticement lourder à petit feu, les suspicions de moindre disponibilité pour le taf, tout ce qui est produit par cette société qui a assigné la femme aux tâches domestiques et à l'éducation des enfants. 

C'est un an de ta vie où même dans un couple égalitaire, tu es seule face à tout ça. C'est un an de ta vie où on va toujours minimiser tes souffrances, parce que oui ça craint, mais tu les subis pour une cause tellement belle.

C'est la différence immuable entre celle qui porte le môme et celui ou celle qui ne le porte pas.
C'est la raison pour laquelle le choix, en définitive, doit être entre les mains des femmes concernées, et pas dans celui de leur conjoint(e) ou de l'entourage.

vendredi 19 avril 2013

Grosse fatigue - le retour

Il y a malheureusement des sujets sur lesquels les féministes ne sont foncièrement pas d'accord.

Quand on parle de questions directement liées à la condition des femmes et filles de banlieue défavorisée, et notamment, je vous le donne en mille, de la montée de l'intégrisme religieux, on finit forcément par se prendre la tête sur le foulard (sans mauvais jeu de mot, je ne mange pas de ce pain-là).

Je suis choquée de voir qu'il y a un consensus pour dire que le foulard est un problème, et que les femmes portant le foulard sont par défaut fermées à nos idées. Choquée que l'on prenne plus en compte les projections et les  représentations des "laïques choqués par la vision de ce signe religieux" que le témoignage des femmes voilées (qui sont totalement muselées car d'emblée considérées comme non-crédibles pour parler de liberté et d'affirmation de soi).

Je suis affligée que l'on mette dans le même sac les femmes réellement forcées à se voiler, les jeunes françaises qui le portent par conviction - et je dis bien conviction, pas prosélytisme - religieuse, les vieilles musulmanes qui le portent pour des raisons culturelles, comme si elles n'étaient qu'un paquet de femmes indistinctes, sans conscience, sans réflexion, sans histoire personnelle qui expliquerait un choix. Je trouve insupportable que le voile annule dans les esprits les études des unes, discrédite les engagements politiques ou associatifs des autres, quand ils ne les empêche pas. Comme si ce tissu avait le pouvoir divin (haha) de te laver le cerveau.

Je suis choquée d'entendre que la solution pour éduquer ces femmes (oui, bienvenue au 19ème siècle), c'est de se mettre en relation avec des féministes des pays arabo-musulmans qui luttent contre le port du voile dans leur pays.
Je suis choquée que l'on renvoie ces personnes, et moi aussi in fine, à leur "étrangéité" encore et encore. Qu'on leur(/me) dise qu'elles comprendraient mieux la vie si une personne de leur culture d'origine venait leur en parler.  Mais ma culture, elle est ici, je suis née ici, et je n'ai pas les mêmes références que ma cousine qui vit au bled, et je ne les aurai jamais.

Je n'accepte pas qu'on me parle des bonnes Arabes (dont je fais pourtant partie) qui ne pratiquent pas l'Islam, qui ont le bon goût de ne pas être trop visibles, qui ont quelque part abandonné une partie de leur culture pour mieux s'assimiler. Je ne supporte pas qu'on me sorte indifféremment les références Chadhort Djavann ou Djamila Benhabib pour me parler de la condition des femmes musulmanes, en occultant de fait les contextes politiques et historiques propres à chaque pays, et la manière dont les dirigeants instrumentalisent l'Islam. On ne va pas s'abaisser à être précis quant à ce que l'on combat vraiment. On décide de se maintenir dans l'ignorance crasse, parce qu'on a raison, et parce qu'il faut bien que ces femmes s'intègrent selon nos standards à nous, sur lesquels nous nous payons le luxe d'être intraitables.

Je suis choquée que des femmes, blanches le plus souvent, prennent les témoignages qu'elles recueillent de la part de publics en difficultés pour exemple de ce que vivent toutes les femmes et filles qui portent le voile. On se sent tellement bien, quand on est de la classe qui a raison, celle qui est légitime, qui peut prétendre apporter un peu d'éducation à d'autres, qui peut sauver les brebis égarées malgré elles, qui peut parler pour elles en leur demandant gentiment de fermer leurs gueules.

J'en ai assez, qu'on me dise ENCORE, que les Musulmans modérés (entendre par extension toute personne qui a un nez un peu long et les cheveux frisés) devraient se mobiliser pour montrer qu'ils ne soutiennent pas les salafistes et autres extrémistes - et qu'une manière pour cela est de montrer que l'on est contre le voile.  Demande-t-on aujourd'hui aux Catholiques modérés de France de se justifier pour les exactions des homophobes de la Manif Pour Tous, ou pour l'embrigadement extrême des membres de l'Opus Dei? Et pour montrer leur engagement, qu'ils foutent tous leurs crucifix à la poubelle?

J'en ai assez que ces discussions, axées sur le droit des femmes en principe, dérivent systématiquement sur la question du hallal, des restaurants qui ne servent pas d'alcool, sur le racisme anti-blancs. SYS-TE-MA-TI-QUE-MENT

Je n'arrive pas à parler sereinement de cela. Parce que je sens qu'au fond, la question de l'Islam est intimement liée à la question de MA PUTAIN DE RACE. J'essaie d'occulter l'aspect raciste des considérations ci-dessus, pour pouvoir continuer à discuter dans un esprit d'ouverture, mais je ne me suis jamais autant sentie descendante de colonisés que dans ces instants. Et je sens que ma crédibilité tient à ma peau blanche, à mes traits plutôt occidentaux, et à ma tête nue. Ca me fait très mal, d'autant plus que ces critiques s'adressent à des gens qui veulent bien faire au fond, j'en suis persuadée.

Mais je ne me refermerai pas. Le combat féministe doit bénéficier à TOUTES les femmes. Décider qu'une femme ne mérite pas de s'autodéterminer, parce que ses choix sont différents des nôtres, c'est de la discrimination. Exactement ce que nous combattons.

jeudi 11 avril 2013

Docteur, docteur / industrie, industrie (facepalm massif)


Réaction à un article de francetvinfo , porté à ma connaissance par GMZ (moi dans ma tête ça se prononce Djièmzède, je trouve ça trop classe), elle même mise au parfum par Valérie-Georgette.



Chère docteure Eve-Laure Maugis, chère visiteuse médicale,


Je passerai sur la qualité de la prose, qui est effectivement à chier - mais c'est pas votre faute, merci Gaelle-Marie pour la barre de rire au passage.

Je voudrais juste que l'on parle (nan en fait c'est moi vous parle), de cette phrase :
"Au moins, les femmes se sont rendu compte que la pilule n’était pas un bonbon"

 Attends, juste les italiques ça fait pas assez poufiasse.
"Au moins, les femmes se sont rendu compte que la pilule n’était pas un bonbon"

Voilà, comme ça, ça va mieux, j'essaie de coller à l'image de la cruche que vous pensez que je suis, que nous sommes toutes. 

Vous considérez vraiment les patientes comme de sombres connes.

Toi docteur, tu as décidé de leur changer leur contraception sur des prétextes à forte valeur scientifique ajoutée ("on ne va pas aller dans le sens inverse de la vague" - merci docteur, mon volailler il dit ça aussi. Quand le dimanche il est en rupture de stock de boudins blancs, il en prépare plus pour la fois suivante).

Elles te paient pour avoir des conseils, des conseils que tu leur devais depuis longtemps, mais apparemment, ça fait seulement quelques mois que tu te dis que oui, c'est vrai, tu as effectivement fait médecine et pas elles, et que ça serait bien en fait qu'elles soient un peu plus au courant de ce qu'elles se mettent dans le corps. ("la gynéco explique le long travail de pédagogie qu’elle a dû mener ces derniers mois"). Mais c'est chiant, hein, ça prend du temps et leur expliquer des choses évidentes, merci, quoi.

Ca transpire la condescendance, et le mépris pour ces femmes qui ont eu le mauvais goût, finalement, de ne pas prendre en main leur santé, parce qu'elles pensaient naïvement que toi et tes confrères et consoeurs alliez le faire. Et au lieu de les rassurer, en leur donnant "l'autre moitié de l'information", tu fais du changement de prescription en masse, en reproduisant finalement les réflexes pourris des gynécos qui ont justement causé le scandale de la pilule 3G. cf billet précédent

Et toi, la "représentante de l'industrie pharmaceutique",  si tu incites des médecins à prescrire tes produits en utilisant des arguments dégradants pour nous, autant te dire que ça me fout les glandes, de m'imaginer un médecin et un VM, dans la chaleur des bougies et des fauteuils en cuir, qui se gaussent de la connerie de ces nanas, là, à qui on peut refourguer ce qu'on veut, de toute façon, on les tient par les ovaires. Et sur l'anecdote de la femme qui a pris une pilule du lendemain, tu te dis pas que c'est l'information à laquelle elle a accès qui pue du cul?

Pour finir, et dans un registre un peu plus apaisé, j'ai une vraie question. Si j'ai bien pigé l'article (mais c'est pas sûr, tu sais, moi la géographie, déjà que la contraception c'est pas ça - *hochement de tête et rire niais*)  les deux médecins partagent la salle d'attente, ils ont donc deux bureaux qui sont, allez, à environ 3 mètres l'un de l'autre?.. et on s'aperçoit qu'ils n'ont pas mis en commun et harmonisé leurs stratégies de prescription. 

Ca me choque, encore plus que les mots cités ci-dessus. Tu as un problème sanitaire d'énorme envergure, et tu te dis pas "tiens, je vais en discuter avec le/la collègue, et peut-être qu'on trouvera un truc intelligent à faire". Alors si ça ne se passe pas dans le même cabinet, t'imagines bien qu'au niveau national, c'est la foire à la saucisse, et que sous prétexte d'indépendance des médecins, on les a laissé et on les laisse encore faire n'importe quoi.

Puis l'angoisse quoi. Tu vas dans un cabinet, tu te dis que ton praticien, selon qu'il sera derrière la porte de gauche ou de droite, te préconisera une solution totalement différente.

Il paraît que la science est une réponse au dogmatisme. Mais comment on fait quand les médecins sont dogmatiques dans leurs pratiques?